J’aime tous les livres de Chevillard, comme vous l’avez peut-être déjà compris mais celui-ci a le charme irrésistible des premiers romans. Contrairement à beaucoup d'écrivains, Chevillard n'a pas perdu sa fraîcheur et il me tarde de lire "Choir", son dernier roman publié à la rentrée littéraire de janvier.
Monsieur Théo est né pour mourir comme d'autres naissent pour danser ou pêcher la baleine. L'heure a sonné, à 80 ans et il s'apprête à s'éteindre chez Suzie Plock, veuve de son vieil ami Martial Plock, un imbécile. Là, il reçoit la visite de Lise, petite complice délicate de son agonie, qui confond céleri et salsifis comme tout le monde.
Avec ce premier roman, publié en 1987, Chevillard trouve tout de suite son identité d'écrivain : léger, léger, jusqu'à l'inconsistance diront les mauvaises langues, mais c'est agréable aussi la légèreté en littérature.
Extrait :
"Essor matinal sans oeufs ni racines, frottis d'âme sur l'azur, enfin quoi je disparaissais bêtement, sans cadavre ni demande de rançon. Un hiver, je consentis à servir de modèle grec pour un concours de sculpture. A demi nu, le front ceint de lauriers, je grimpais sur l'estrade et pris la pose. Les candidats restèrent un instant désemparés puis se livrèrent une furieuse bataille de boules de neige. Le jury ne put les départager et je crois qu'ils obtinrent tous une bourse pour Florence."