On retrouve dans son dernier roman tout ce qui fait l’univers modianesque : des jeunes gens sans emploi fixe et en rupture familiale qui errent dans Paris, des belles jeunes femmes qui se laissent entretenir par des hommes plus âgés aux activités louches, des librairies - ésotériques de préférence - et servant de couverture à des sectes, des personnages mystérieux portant des noms on ne peut plus banals… Mais ce qu’on retrouve surtout, c’est cette sensibilité particulière de Modiano quand il s’agit de parler du rapport au temps et au souvenir. Un très très beau roman de Modiano.
lundi 31 mai 2010
dimanche 30 mai 2010
« Zuleika Dobson » de Max BEERBOHM (Monsieur Toussaint Louverture)
Critiques et infos sur Babelio.com
Tout d’abord, il faut préciser, à l’heure où l’on parle tant du livre numérique, que ce livre est avant tout un bel objet avec sa couverture cartonnée de couleur rouge (un clin d’œil « L’empire du rouge », un essai de l’auteur ?) ornée d’une très jolie illustration de George Him (dont les dessins ponctuent très agréablement l’ensemble du roman). Pour cela donc : merci aux éditions Monsieur Toussaint Louverture.
Qu’arrive-t-il d’après vous quand une magnifique orpheline de 20 ans habituée à ce qu’aucun homme ne lui résiste tombe justement amoureuse d’un jeune duc dandy jusqu’au bout des ongles qui s’avère être le seul dans tout Oxford capable de résister à son charme ?
Et quand il se met à l’aimer, c’est elle qui ne veut plus, lassée de tous ces hommes qui se prosternent devant elle, faisant fi de toute dignité …
Entre deux tours de magie ratés de la belle, la foule des prétendants éconduits menace de mettre fin à ses jours en se jetant à l’eau pour son plus grand ravissement.
Entre roman psychologique et vaudeville haut de gamme, un excellent roman tout en légèreté.
Les dialogues sont très « wildiens » (avec des répliques pleines d’esprit) et on se met à rêver d’une adaptation théâtrale de ce roman qui contient beaucoup de dialogues très finement ciselés, avec quelques aphorismes bien sentis (et un brin misogyne) sur les hommes, les femmes, l’université, bref la vie quoi …
dimanche 2 mai 2010
"La Somnolence " de Jean-Pierre MARTINET ( Finitude)
Monologue hanté par la solitude et la folie de Martha, septuagénaire qui attend la mort en buvant du whisky, en mangeant des petits fours, en interpellant Dieu et son père pendu, en remâchant sa haine et sa vie ratée. Un texte magnifique mais où aucune place n’est laissée à l’espoir, à l’amour, à la vie tout simplement : les personnages de Martinet, quand ils ne se suicident pas, se laissent suicider. Ici, le désir et le plaisir sont toujours « troubles ». Si les adultes sont lâches et veulent, les enfants ne valent pas mieux : dans les cours d’école, des petites filles rousses, maigres, pleines de crasse, « vicieuses » massacrent de gros garçons idiots avant de se débarrasser de leurs corps. Quand on pense que « La Somnolence » est le premier roman de Martinet, publié à 31 ans, on ne peut qu’être ébloui par l’originalité de l’univers et le style de cet auteur qui s’affirmera encore un peu plus dans « Jérôme » son chef d’œuvre publié quelques années plus tard. La disparition de Martinet à 49 ans, en 1993, las de cette vie, fait regretter aux lecteurs conquis (dont je fais partie, et pas qu’un peu !) de ne pouvoir lire d’autres livres de ce très grand écrivain trop méconnu. N’ayez pas peur : ouvrez un livre de Martinet, vous ne le regretterez pas.
"Que ta chaire est douce, petite fille...Aussi douce que les jeunes laitues du jardin de mon père, aussi tendre...Le rasoir y pénètre avec un plaisir de plus en plus grand. Tiens, reçois ce coup sur ta petite joue fraîche, et celui-là sur tes jolies lèvres, qui ne seront jamais souillées par aucun homme. Vide, le paradis ? Un désert ? Dieu, une langouste ? En tout cas, toi, ma chérie, tu vas te rendre compte qu'il y a du monde en Enfer. C'est surpeuplé, tu vas voir."
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