Romain Gary, huile sur toile de William Mathieu, 140 x 90 cm, 2012

mercredi 8 juin 2011

« Lady L » de Romain Gary (Gallimard)

J’adore les vieilles anglaises ... surtout quand elles ont gardé la liberté de ton de leur 20 ans et ce sens de la provocation qui sied si bien aux personnes en apparence bien comme il faut. Car Lady L. est une vielle dame bien comme il faut c’est certain : aristocrate, bien mariée, heureuse mère d’enfants ayant tous bien réussi, elle coule des jours paisibles dans sa maison entourée d’animaux et de fleurs…

Sauf que, ainsi qu’on le découvre à la faveur d’une biographie qu’un de ses amis souhaite écrire sur elle, Lady L. n’est qu’un masque (et on sait à quel point Gary avait lui même ce goût des masques et des fausses identités). En réalité, Annette Boudin (puisque tel est son nom pour l’état civil) était une fille des rues, aux origines modestes et ayant grandi en opposition à son père anarchiste convaincu…jusqu’au jour où elle épouse elle-même la cause anarchiste quand l’idéologie  prend les traits du séduisant Armand, poète anarchiste.  
Avec "Lady L.", c' est un magnifique portrait de femme ─ une femme amoureuse ─ que nous offre Romain Gary en même temps que le portrait d’une époque où l’engagement politique n’était pas qu’un vain mot et ne se limitait pas à prendre une douche plutôt qu’un bain et à trier ses déchets dans des bacs de couleurs différentes !

C’est le quatrième livre que je lis de lui, après « Gros Câlin », « La vie devant soi » et « Au-delà de cette limite, votre ticket n’est plus valable » et je retrouve ce qui fait la force et le charme de Romain Gary : un mélange de mélancolie, de tendresse, d’humour, de cruauté parfois, le tout dans un style inimitable.

Extraits :
« C'était son premier contact avec l'Italie et, bien qu'elle en eût attendu beaucoup, rien ne l'avait préparé à cette bouleversante révélation. Elle tomba malade d'excitation et dut garder le lit pendant plusieurs jours, contemplant par la fenêtre ouverte la ville émeraude passer du rose de l'aube au jaune du couchant, jusqu'à ce que le docteur, ayant fort correctement diagnostiqué le mal dont elle souffrait, prescrivit tout bonnement de tirer les rideaux sur San Giorgio Maggiore, et quelques gouttes de valériane. »

« Mais elle s'efforçait de ne pas trop penser : elle savait déjà que le bonheur était fait d 'oubli. D'ailleurs, l'avenir, c'était bon pour les hommes. Elle avait découvert un trésor nouveau, très féminin, insoupçonné : le présent. »

« Je suis un peu anarchiste. A quatre-vingt ans, c'est assez gênant évidemment. Et romantique, par dessus le marché, ce qui n'arrange rien. »



1 commentaire:

  1. aaaaah, Gary! d'ici peu j'attaque "les enchanteurs", j'ai hate!

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