Romain Gary, huile sur toile de William Mathieu, 140 x 90 cm, 2012

mercredi 2 novembre 2011

Revue "Dissonances" numéro 21, hiver 2011



A la différence de « Charogne », la petite dernière qui est une toute jeune revue puisqu’elle n’en est qu’à son numéro 2, « Dissonances » fait déjà office de classique dans le monde des revues littéraires puisqu’elle en est à son numéro 21.

Le moins que je puisse dire est que je n’ai pas été séduite par cette maquette austère, peu aérée et les illustrations de Pauline Dunand ne m’ont pas du tout non plus emballée pour être honnête. Cela dit, j’apprécie beaucoup le principe de laisser carte blanche à un artiste différent pour chaque numéro et certaines couvertures d’anciens numéros sont tout à fait intéressantes.

Venons-en maintenant au thème de ce numéro : le vide. Vaste sujet que le vide, sujet casse-gueule s’il en est. Certains s’y sont cassés la gueule en effet (Isabelle Grosse et Isabelle Guillauteau), d’autres s’en tirent très bien comme Derek Munn et son « Carnet des anti-jours » qui ouvre la revue ou Jean-Marc Flapp et son « Saut de l’ange ».

Petit tour d’horizon des autres contributions de ce numéro qui a le mérite de présenter beaucoup de facettes du vide : le vide intérieur, les derniers instants avant le grand saut dans le vide (la mort), la petite mort, etc.

Dans « Le quart d’heure syndical », Thomas Vinau (auteur également au sommaire de « Charogne ») évoque avec un certain brio la vacuité abyssale du monde de l’entreprise et ces petits matins tièdes comme une agonie » dans un court texte très réussi.

La palme de l’audace, de l’inventivité et de l’humour  revient à Nicolas Vargas C. qui, prenant le contre-pied du thème imposé, à savoir le vide, nous livre un texte sans aucun espace entre les mots et entre les phrases. Pas sûr que certains n’y voient pas toutefois un pur et simple foutage de gueule…

Avec « Mes chers concitoyens », Françoise Biger nous propose un texte très drôle et bien vu. Pour illustrer le vide, quoi de mieux qu’un discours politique où la langue de bois côtoie les clichés et autres formules toutes faites qui ne mangent pas de pain et surtout surtout n’ engagent à rien ?     

Comment aurais-je pu ne pas aimer un texte faisant référence à « Sombre printemps » d’Unica Zürn ? Et en effet, j’ai beaucoup aimé « Alexie », le texte assez expérimental de Kaliane Ung dans lequel chaque paragraphe commence pas « ce n’est pas une histoire / d’amour / non ». 

Nicolas Brulebois, pour sa part, décrit avec sensibilité ces instants de flottement d’après l’amour dans « Vidé ». 

« Noli me tangere » de Marina Louvette est un beau texte qui pose une question essentielle : les filles sublimes sont-elles plus vides que les autres ?

J’ai bien aimé la simplicité de certaines propositions comme « Inspiration » de Thibault Marthouret qui est presque un haïku.

« La vida l’ennui » de Catherine Chantilly ne m’a qu’à moitié convaincu. Si l’histoire n’est pas inintéressante de même que le personnage principal (une femme vivant dans le confort voire le luxe mais ressentant un grand vide intérieur), l’écriture ne me semble pas aboutie. Le style est censé retranscrire, je suppose, la naïveté de la narratrice mais ça ne fonctionne pas et créé même une légère exaspération.

« Les mains dans les poches » de Charles Singher est un texte que j’ai beaucoup aimé, étrange et mystérieux dans lequel entre les mots s’ouvrent des vides propices aux interprétations.

Dans « Une année ici », Alain Condrieux parle d’une chambre dans Paris, du printemps, d’un film surréaliste, de l’histoire d’un œil, des vers d’un poète persan… L’auteur y explore un vide léger et fécond, à la différence des autres conceptions du vide développées dans ce numéro de la revue qui sont beaucoup plus angoissantes. 

« L’inépuisable vide d’Antonin Artaud » de Pascal Gibourg est un texte passionnant sur Artaud, le vide, le sexe et la mort.

Pour finir ce tour d’horizon des textes littéraires de la revue je dois dire que certains textes m’ont laissé complètement froide, voire perplexe. C’est le cas de ceux de Rosa Meyen et de Philippe Jaffeux en particulier. D’autres se sont tus alors qu’ils commençaient juste à me parler et à m’évoquer des univers intéressants comme « Soleil balsamique » d’Isabelle Mayault.

La revue « Dissonances » comporte également des rubriques autour des livres, en plus des textes littéraires inédits.

« Questions à Abdel Hafed Benotman » : interview très agréable à lire car les questions sont pertinentes et les réponses parfois étonnantes et souvent drôles. 

« Regards croisés » : rubrique intéressante consistant à confronter quatre regards sur un même livre. Ici c’est « ParK » de Bruce Bégout paru en 2010 chez Allia, un livre que je n’ai pas lu mais qui pourrait me plaire.

« A suivre » : six critiques de livres récemment publiés, l’occasion de découvrir des écrivains et des éditeurs peu connus.   

« A lire, voir, ouïr » : dans cette rubrique, chaque auteur choisit un livre, un disque et un film. Il est toujours intéressant de connaître un peu le goût des autres.   

En conclusion, « Dissonances » est une revue à lire, riche et intéressante, même si les contributions sont d’un intérêt inégal et que certains auteurs ont tendance à tomber dans les écueils de l’expérimentation littéraire à tout prix et d’un hermétisme repoussoir.

Pour en savoir plus sur la revue c'est ici.

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