Ce livre aurait pu s’appeler « Autoportrait de l’artiste en jeune femme » mais « Just Kids » c’est bien aussi : ça claque sous la langue, c’est fort, brut et poétique comme les meilleures chansons de Patti Smith…
Une autobiographie qui reçoit le National Book Award ce n’est pas fréquent et « Just kids » l’a obtenu en 2010 : preuve si besoin était de la qualité littéraire de ce texte où l’on ne s’ennuie pas un instant.
Loin des clichés de la vie de rock star, c’est l’histoire d’une femme qui se découvre poète et c’est surtout l’histoire d’un jeune couple qui se cherche, s’aime, se perd, se retrouve, crée ensemble dans une chambre du Chelsea Hotel … C’est tout un pan de la culture underground du New York des années 60 puis 70 qui défile sous la plume élégante et sincère de Patti Smith : les auteurs beat, les groupes punk, la Factory, le CBGB, les galeries d’art, les troupes de théâtre expérimental …
Car avant d’être une rock star, celle de « Horses », « Rock and roll niger » ou « Because the night », Madame Smith s’est essayée au théâtre, au dessin, à la photo, à la fabrication des colliers et autres petites amulettes mais c’est surtout la poésie qui brûle en elle depuis toujours et qui ne la quittera, c’est certain qu’à son dernier souffle. L’amour de l’art est palpable à chaque page de ce superbe livre qui raconte surtout sa relation avec Robert Mapplethorpe, « l’artiste de sa vie » selon son expression (l’homme de sa vie, celui avec qui elle a eu deux enfants, Fred Sonic Smith, elle ne l’a rencontré que bien plus tard).
Si le bouillonnement artistique new-yorkais est au cœur du livre, elle ne cherche pas à embellir cette période d’apprentissage de sa vie d’artiste et de femme et nous raconte les petits boulots dans une librairie, chez un disquaire, la faim qui creuse l’estomac, la douleur de voir l’homme qu’elle aime s’éloigner d’elle pour explorer son identité homosexuelle. Passionnant de découvrir que Patti Smith a mis du temps à devenir chanteuse et compositrice et que son compagnon n’a pas tout de suite fait de la photo (alors qu’il sera célèbre essentiellement en tant que photographe). Non seulement il existait une émulation entre eux mais leurs univers artistiques se répondaient, et d’autre part, c’est lui qui l’a poussé à mettre ses poèmes en musique et à monter sur scène et c’est elle qui l’a convaincu de se mettre à la photo. C’est donc le livre d’une éducation sentimentale et artistique que ce « Just kids ».
Patti Smith apparaît, au fils des pages comme une grande dame, émouvante dans son décalage par rapport à son époque : elle dit par exemple avoir à peine remarqué qu’on avait mis le pied sur la lune. Un pied au XIXème (Baudelaire, Rimbaud) et un autre dans les années 70 (Warhol, Sam Shepard, Janis Joplin).
Les dernières pages évoquant la mort de Robert Mapplethorpe, atteint du sida, à la fin des années 80, alors que Patti Smith met au monde son deuxième enfant, sont bouleversantes.
Un livre à lire en réécoutant les disques de Patti Smith, surtout les trois premiers, « Horses » en tête !
Quelques photos de Robert Mapplethorpe (autoportraits et portraits de Patti Smith):
Pour aller plus loin sur ces deux artistes, leurs sites officiels :