Ce n’est pas la première fois que je lis un livre d’Hélène Bessette : c’est la cinquième – il y eût par ordre de lecture « Ida ou le délire », « Materna », « Suite suisse » et « N’avez-vous pas froid » - et pourtant le charme opère toujours comme si c’était la première fois que je rencontrais cette écriture si particulière, précise, rapide, qui ne manque jamais sa cible.
Une fois encore, elle pose un regard cru et souvent cruel sur une galerie de personnages « en crise » (p.19 elle écrit d’ailleurs ces mots : « le roman comme récit d’une crise »): au centre, Monsieur, hésitant entre deux femmes, une demi-mondaine qui veut se faire épouser, une soubrette qui dit tout haut ce que les autres pensent tout bas (surtout les vieilles filles à l’heure du thé).
Comme d’habitude, tout le monde en prend pour son grade : bourgeoisie hypocrite, noblesse déchue et pathétique, petit personnel aigri et envieux, hommes, femmes, jeunes, vieux….
Ce roman a été écrit à la fin toute fin des années 60 et on perçoit en effet que la libération sexuelle est passée par là et que certains (et surtout certaines) tentent de tourner la page des corsetées années 50 et de la France de De Gaulle. Pourtant, le texte atteint à l’universalité par ce qu’il dit de l’amour, des relations entre hommes et femmes et du conformisme social de manière générale.
Dans sa post-face, Bernard Noël parle très bien de l’écriture d’Hélène Bessette : « C’est à peu près comme si au lieu d’un ton sentimental, psychologique, réaliste, objectif ou lyrique, tous ces tons-là précipitaient des éclats sur la page et y déposaient autant de fragments verbaux pleins d’angles vifs. ». Et un peu plus loin il dit ceci «cette écriture n’a souci que d’être rapide, efficace, pratique. Elle ne s’arrête pas, ne développe pas, n’habille pas, mais décharne, tranche, découpe. »
Extraits :
« Histoire d'un grand Monsieur qui épouse sa prostituée.
Très bien portée. Un tantinet snob. Plus fréquent qu'on ne le pense.
Monsieur sauve une âme. (Grand genre) Joue les Pygmalion. Ce que se rapportent les vieilles filles desséchées.
A l'heure du thé. »
Très bien portée. Un tantinet snob. Plus fréquent qu'on ne le pense.
Monsieur sauve une âme. (Grand genre) Joue les Pygmalion. Ce que se rapportent les vieilles filles desséchées.
A l'heure du thé. »
« La femme Oula plus ou moins mêlée d'Africain.
Jambes de gazelles
Robe courte. Frange. Les "ça accroche" collés sur les joues.
L'âge ? Sans âge.
Ce genre de femme, cinquante pour cent des femmes, reste sans âge de vingt-trois à quarante ans.
A part ça, assez gourde. Quelconque. Des crises d'hystérie. Frénétique.
Ce qui plaît. A Monsieur. »
Jambes de gazelles
Robe courte. Frange. Les "ça accroche" collés sur les joues.
L'âge ? Sans âge.
Ce genre de femme, cinquante pour cent des femmes, reste sans âge de vingt-trois à quarante ans.
A part ça, assez gourde. Quelconque. Des crises d'hystérie. Frénétique.
Ce qui plaît. A Monsieur. »
« Sous le signe de Breughel.
Le vieux.
D'abord.
Incantation à Breughel.
Les fols enneigés. Les gnomes déformés.
Les nains de glace désarticulés. »
Le vieux.
D'abord.
Incantation à Breughel.
Les fols enneigés. Les gnomes déformés.
Les nains de glace désarticulés. »
A écouter sur Radio Marelle, une émission consacrée à Hélène Bessette avec de longs extraits de ce roman.