Romain Gary, huile sur toile de William Mathieu, 140 x 90 cm, 2012

lundi 27 juin 2011

« L’agent de liaison » d’Hélène Frappat (Allia)



Dans « L’agent de liaison », j’ai retrouvé un univers à la Modiano (le Paris de la guerre d’Algérie, les cafés de la jeunesse perdue, les jeunes femmes en fugue, etc.) que j’avais apprécié dans « Inverno ». Mais le roman penche aussi du côté du polar ou du roman d’espionnage puisqu’il est question d’espions, de trahison et de bijoux volés et qu’un certain mystère sur les personnages et leur destin est entretenu au fil des pages
C’est surtout un livre sur les identités multiples comme l’indique le titre « l’agent de liaison », où l’on croise une espionne qui espionne l’auteur, des femmes qui ont plusieurs identités, des secrets qui se transmettent…
Comme dans « Inverno », l’auteur explore la filiation mère/fille de manière subtile et avec une écriture très maîtrisée.     
Un très bon livre.

dimanche 26 juin 2011

"Little Big Bang" de Benny Barbash (Zulma)


Un drôle de petit livre entre farce burlesque et fable politique. Le narrateur du roman de Benny Barbash est un jeune garçon de 12 ans nous racontant la mésaventure de son père quand il a voulu maigrir.  Après avoir testé différentes méthodes sans résultat il se tourne vers une diététicienne de renom et adopte son régime à base d'olives... Jusqu'au jour où il avale un noyau et qu'un olivier lui pousse dans l'oreille. Entre l'absurde des Monty Python et l'humour juif de Woody Allen !

mercredi 22 juin 2011

« Dolce Vita. 1959-1979 » de Simonetta Greggio (Stock)

Pour comprendre l’Italie d’aujourd’hui, celle de Berlusconi, vulgaire et corrompue, il faut remonter au moins à l’après-guerre et à la renaissance d’un pays qui a une faim inimaginable (de liberté, de consommation, de plaisirs mais aussi une faim au sens propre). Le film de Fellini « La Dolce Vita » est le symbole de cette Italie qui change et le point de départ du roman de Simonetta Greggio.

Ce livre est avant tout très instructif sur l’histoire de l’Italie de la seconde moitié du XXème siècle mais il est aussi un précis de culture italienne (on le referme avec l’envie de lire des livres, de voir des films et d’écouter de la musique italienne : et l’auteur nous aide même à faire notre choix en fin d’ouvrage). Enfin, ce livre est un roman  - et non un essai - où l’on suit le destin de personnages et qui recèle des pages très belles notamment le petit chapitre sur Talitha Koumi ou les pages sur Pasolini. Je retrouve avec grand plaisir dans ce livre l’écriture pleine de sensualité de Simonetta Greggio que j’avais aimé dans « Les mains nues » : elle n’a pas son pareil pour évoquer les odeurs de l’Italie, les couleurs du ciel, la beauté des jeunes corps, etc.  

Un bémol cependant : beaucoup (peut-être trop ?) documenté, le roman prend parfois un  aspect très « Histoire de l’Italie pour les Nuls » et se perd dans les détails. Le didactisme prend alors le pas sur la narration romanesque. C’est fort dommage car Greggio excelle dans les descriptions d’un monde en déliquescence qui provoque fascination et répulsion à la fois, notamment les fêtes du prince Malo qui virent aux orgies avec jeunes gens (garçons et filles) et où l’on consomme en grande quantité alcool et cocaïne pour tromper son ennui.

 A lire aussi : une intéressante critique ici
   
Extrait d’une rencontre avec Simonetta Greggio à la librairie italienne à Paris pour parler de « Dolce Vita. 1959-1979 ».


mardi 21 juin 2011

Entretien avec Rip

Entretien décontracté avec Rip, auteur d’un premier livre paru chez Léo Scheer (Coke de combat) et de plusieurs nouvelles pour les éditions de l’Abat-Jour (Mythonymphomane, Huis clos). A noter : sa participation  au hors série de la revue l’Ampoule de ces mêmes éditions avec « Rencontre du troisième type au bar de l’hôtel Redford », une nouvelle très réussie et qui ne fera pas plaisir à tout le monde…


Il me semble percevoir chez toi un certain dilettantisme, voire un dilettantisme certain : arrête-moi si je me trompe …

Je t’arrête tout de suite ! Tu dis ça parce que je suis chambreur et que j’aime déconner. C’est de la fausse décontraction, comme un musicien qui improvise sur une grille de blues : il a la liberté d’inventer des phrases mélodiques mais ne peut en aucun cas se soustraire à son devoir d’allégeance envers ces deux tyrans que sont l’harmonie et le rythme. Aah, le rythme, ce bourreau sans merci –même pas bonjour. C’est aussi paradoxal que ça. Pour répondre à ta question, je dirais que j’essaye d’être facile, de jouer simple, plutôt que dilettante.

Certains y verront un manque de sérieux, voire un manque de travail, d’autres – dont je fais partie – une forme de légèreté et d’élégance. Qu’en penses-tu ?

Les deux ont raison. Je suis un escroc. Parce qu’on n’est jamais vraiment dupe de son projet, il doit toujours y avoir, quelque part hein, un sentiment d’imposture quand propose son travail au reste du monde entre guillemets bien sûr je ne me prends pas pour un autre. Ma parole, ça me ferait vraiment chier de passer avec l’écriture pour un mec compassé, un tâcheron méritant, un genre de gendre idéal. Prendre du plaisir, pas se prendre au sérieux. Si ce n’était pas pour se marrer, perso, j’en croquerais pas. La vraie potacherie, c’est se croire si intéressant parce qu’on a couché un texte. Je pense que Shakespeare ne l’a pas ramené après avoir pondu Roméo et Juliette en 1592. Il a juste fait son taf. La vérité ne peut pas surgir d’un livre, dieu merci.

Comment abordes-tu l’écriture ? Quelle place tient-elle dans ta vie ?

D’abord, je végète, j’incube. Un moment, ça se déclare, je fais une crise d’urticaire, j’envoie du bois. Je suis un adepte de l’écriture totale, de l’écriture de la vie de tous les jours. C’est comme entretenir son corps en faisant du jogging, j’entretiens ma langue. Je ne constate pas vraiment de différence fondamentale entre la rédaction d’un mail, d’un texto, d’un poème, d’une nouvelle, d’une note de service, d’un commentaire sur un blog, d’un graffiti, d’une correspondance, d’une lettre administrative (sauf écrite avec le sang d’un fonctionnaire : un décès à la clef et le message passe tout de suite mieux). J’aspire à conquérir tous les terrains de l’écrit comme autant d’espaces de création littéraire et placer des frappes aveugles en sniper du verbe, en tagueur. Je me demande si je suis pas un peu casse-couilles finalement au quotidien. C’est pas de ma faute, je peux pas m’empêcher de faire des effets, des jeux de mots, trouver des formules, même dans un message à caractère purement informatif. J’ai déjà envoyé un poème à un huissier. Après cette riposte soignée, ce malotru ne m’a plus jamais importuné. Une fois, j’ai envoyé un poème aux assedic pour justifier ma situation, c’est super bien passé, ma réponse a été validée en commission sans problème.
Sinon, j’ai pas mal de fonds de tiroir et fonds de disque dur, de la matière première, comme tous ceux qui se targuent d’écrire, qui serviront peut être un jour, ou pas. Probablement pas car tout est trop dispersé. Certes, quand on est un escroc, on ne crache pas sur un fond de tiroir ; encore faut-il avoir conservé la commode.

Es-tu partisan d’une écriture du premier jet ou retravailles-tu beaucoup tes textes ? L’apparente facilité de ton écriture due à la fluidité et à l’oralité n’est-elle qu’un leurre : es-tu un bourreau de travail ?

Mon bourreau de travail le plus impressionnant, c’est Deibler. Ah bin Deibler, c’est du taf propre hein. Du premier jet bien sûr, mais il te dégueulasse pas tout, le mec. Y a pas une goutte de sang sur le sol, tu peux bouffer par terre, c’est super pro. Suis adepte du premier jet pour le premier jet. Je ne me refuse rien. J’aime bien attaquer un chapitre d’une traite. Dans ces moments je vois plus le temps passer. Après, je mets un coup de papier de verre, voire j’attaque la chirurgie plastique si le texte est vraiment mal foutu, et j’ajoute quelques vannes qui me viennent, cerises sur le ghetto, pour décorer comme des bouboules sur un sapin de nowel. J’essaye de faire du beau avec du pas joli joli. J’ai une théorie sur les insuffisances de l’auteur suffisant qui font son style. A part ça, ya pas de secret, le travail c’est le travail. C’est pas une question de méthode mais de motivation.

Quelles sont tes influences majeures ? Il me semble  sentir l’influence des écrivains américains comme Bukowski, Fante, qui d’autres ?  Mais aussi pas mal de la musique, non ?

Dans la veine amerloque des éléphants blancs tels que Buko et Fante, tu peux ajouter Brautigan. De toute façon, dès Sophocle, la leçon du Maitre des Maitres a été dispensée. Le reste n’est que littérature.
D’une manière générale je suis attiré par la vivacité du style et la clarté du propos. Baudelaire, Nietzsche, Shakespeare, Schopenhauer. Hum, pardon, mais mon cursus, c’est bac + 4…ans de prison. A 17 ans, je suis entré en collision frontale avec Verlaine, on n’a pas fait de constat, j’étais pas assuré. L’impayable PJ Wodehouse m’a appris, avec Gotlib en BD, qu’on pouvait pisser de rire en lisant. Une fois, j’achète au pif dans une collection en promo, genre Poésie du Monde, La Nuit Des Cyclades d’Erich Arendt, sans savoir qui et quoi. Première lecture, j’ai cru mourir, j’ai vu le tunnel avec la lumière blanche au bout. J’ai fait demi-tour vite fait. Dès la deuxième lecture, je tète le sein de la déesse râblée, tenant à distance le minotaure mugissant au dessus des flots grondants du Styx. C’est intéressant Erich Arendt, son génie s’est déclaré alors qu’il affichait 85 ballets au compteur ; une super nova, étoile moribonde dont la magnitude est inversement proportionnelle à la vitalité.
 
Tu lis beaucoup ?

Pas trop en ce moment, pas le temps.

Quel genre de lecteur es-tu ?

Je prends des livres au hasard. Comme pour l’écriture, je carbure à l’émotion, à la lubricité dans la cité. Sinon, je lis les 13 premières pages et je pense tout connaitre de l’auteur. Je ferais un piètre éditeur. Quoi que.

Une lecture récente qui t’a marqué ?

J’ai pris du plaisir à lire Oro de Cizia Zykë sur les galets de cayeux, enfin, les 13 premières pages. Sais-tu qu’on peut voir des veaux marins sortir la tête de l’eau à Cayeux ? Il y en a toute une colonie, pointe du Hourdel. Rien de tel que l’éthologie pour voir l’homme. Sinon, ma collègue Jujube (juline b), j’ai lu tout son livre en entier sans le faire exprès ;). J’aime bien l’idée du livre maigrichon, l’anti pavé. Je viens d’engloutir cul sec un Poche trouvé par accident dans mes affaires : Le Jour de la Chouette, de Leonardo Sciascia, une sorte de polar mafieux. Je me suis dit : tiens tiens, Sciascia… Le sicilien, mamma mia, une fois de plus, il m’a explosé. Le Jour de la Chouette, c’est bien plus qu’un polar, c’est toute l’âme de la Sicile couché sur des feuillets. Tu connais Les Fables de la Dictature ? Sciascia, c’est le très très très très haut niveau.

Que peux-tu dire aux gens qui ne te connaîtraient pas au sujet du personnage Rip ? Pourquoi ce nom ? Sans Internet, pas de Rip et donc pas de bouquin ?

La blogosphère, c’est un repaire de dingos, il faut le savoir, ils sont tous là, il faut s’attendre à tout. Rip, Remington, n’est pas un personnage fictif de roman ni un nom de plume mais bien un troll. C’est lui qui a écrit Coke de combat. Comme dans San Antonio où le narrateur n’est pas Dard mais San Antonio lui-même. C’est un peu schizo comme démarche, je te l’accorde. Manou Montero (un fou de plus pour ma collection) a prédit que Rip finirait par me dévorer et prendre ma place, que j’allais devenir Rip. Après ça, il est parti dans un grand éclat de rire. D’ailleurs, c’est peut-être moi, Rip, qui te parle, Marianne. J’l’aurais déjà bouffé, l’autre. Quand j’y pense, sans ce laboratoire d’expériences sur les animaux lettrés désincarnés que fut feu m@nuscrits (je suis contre les expériences sur les animaux), je n’aurais jamais pu envoyer le manuscrit de Coke de Combat à un éditeur. Tu y crois, toi, au destin, Marianne des barricades de livres ? Et c’est avec les blogs que j’ai réalisé que quelques-uns prenaient du bon temps avec mes clowneries, tout simplement parce que j’avais des retours directs et immédiats. J’insiste, pour moi, le trollisme sur la toile est à la littérature ce que le tag et le graf sont à l’art pictural, soit une (in-) discipline assez mal perçue, mal comprise, et c’est normal, car criminelle par nature. J’ai donc poussé le bouchon en créant mon avatar, Rip, petit musicien au cacheton gouailleur et griot de sa propre existence virtuelle. Il a évolué, subi quelques métamorphoses, à l’instar des créatures de jeux vidéo dont je ne suis pas fan du tout soit dit en passant. Avant les riperies, j’étais un ayatollah de la rime, je pensais écrire des textes himalayens, de vieilles faces nord auxquelles que personne ne voulait s’attaquer, à juste titre, mon rapport avec le lecteur n’était pas très net. Qui m’aime me lise / était ma devise. Je me suis glissé dans la peau onirique de Rip pour inverser cette tendance et aller vers le lecteur, le prendre par la main, le faire participer à la limite. La vie n’est-elle pas une sorte de rêve ? Aujourd’hui, il y a toujours de la poésie dans mes textes mais la forme n’est pas poétique. C’est un truc que j’ai enfin pigé. Il n’est jamais trop tard. Je crois que Franck Joannic est d’accord avec ça, nan ? La tentative aussi, c’est de ne pas mâcher mes mots afin d’éviter soigneusement de servir au bibliophage une bouillie pré-chiée. Faut que ça reste sportif un minimum, au moins pour l’auteur.

J’ai beaucoup aimé ton livre dont j’avais déjà lu pas mal de chapitres parus sur le site des « Manuscrits » des éditions Scheer sous forme de nouvelles indépendantes… Justement, je me disais à ce propos que malgré l’aspect très plaisant de ton bouquin, tu devrais t’attaquer à un vrai roman qui se tienne de bout en bout et pas une simple juxtaposition de petits textes bien troussés ? Est-il aussi envisageable pour toi d’écrire autrement qu’à la première personne ? Je ne parle pas d’autobiographie ou d’autofiction mais de forme et de style.

Evidemment Marianne que je peux écrire autrement qu’à la première personne, c’est du niveau CE2 comme exercice ;). Quand je dis je, je dis tu. Quand je dis tu, je dis je-tu-il-nous-vous-ils. A mes yeux, les riperies représentent davantage qu’une simple compilation de petits textes comme tu dis : il y a une unité de lieux, de temps (au pluriel), une sorte de récurrence d’où émerge la distribution, la galerie de personnages plus ou moins principaux. En ce moment, je couve des petits œufs de krokrodile, la suite de Coke de Combat qui sortira, normalement, sauf déviation obligatoire pour cause de travaux rue de l’Arcade, chez Léo Scheer. Ce sera rédigé à la première personne, tout simplement pour rapprocher le lecteur du narrateur, pour créer la connivence. De là à écrire un « vrai roman », non, quand même pas, je n’ai aucune envie de tomber aussi bas, je garde ma dignité. Tant que j’aurai encore un minimum de fierté, je ferai tout mon possible pour écrire des faux romans, des faux textes.

Pourquoi Léo Scheer ?

Léo, c’est tout simplement l’homme qui, par l’entremise sans jeu de mot de Florent Georgesco, m’a proposé de sortir un bouquin. Le monde dans lequel nous nous dépatouillons est tellement irrationnel. Attends, Florent Georgesco, un matin, ou peut-être une nuit, me dit entre 4 zyeux : on pense que tu dois exister en tant qu’écrivain. Chaipa, c’est bizarre.
Récemment, en toute décontraction, on parlait de Léo Scheer avec un auteur plutôt célèbre hein et fils de jazzman. Il avait l’air de bien le connaitre. Pour lui, Léo Scheer, c’était juste le meilleur éditeur de la place de Paris, le plus classe, le plus correct. C’est vrai qu’il est sympa, très cool malgré ce cv léonin qui impose le plus strict respect hiérarchique, libre, ouvert d’esprit et même facétieux, on le sait tous grâce à son blog. En plus, ce qui ne gâte rien, Léo n’est pas une pince, il régale, le mec. Royal au bar. Moi, tu sais, je suis pas compliqué, j’accepte les cadeaux de la vie avec générosité.

Pourquoi l’Abat-Jour ? 

J’ai suivi cette tête d’ampoule de Paul Sunderland sur les conseils de Jujube (juline b), au début, dans l’espoir d’obtenir un peu de visibilité et, peut-être d’une manière plus inconsciente, me confronter au regard sélectif de Francky qui a la réputation de recaler pas mal de monde, et pas des moindres, car je suis élitiste, enfin, intimiste plutôt. J’ai bien senti que le garenne n’était pas du genre à tricher et qu’il avait l’amour du texte et de ses auteurs. L’Abat-jour, c’est gratuit (personne n’est vainqueur / des proies des prédateurs), ça ne mange pas de pain ni blanc ni noir, je ne suis pas comme un libre-penseur pieds et poings liés. C’est très agréable d’avoir un espace à la fois d’abandon et de reconnaissance comme celui de l’Abat-Jour. Et Franck et toi, vous êtes crédibles, dans le bon tempo/esprit. Vous bossez sérieusement quoi. Le boulot de corrections avant parution est fait – sans censure bien sûr. Même si certains me soufflent de faire attention, que toi, Marianne, par rapport à certaines de tes sorties, tu aurais peut-être des comptes à régler avec mon éditeur parisien et que je pourrais en faire les frais. Je ne vois pas pourquoi et ne me pose surtout pas en victime collatérale, je n’ai rien à expier. Sur ce coup, si passif il y a, je me vois plus en pacificateur, bien que ce ne soient pas mes oignons au fond. Vous êtes, pour comparer ce qui est comparable, tous les deux, Abat-jour et Scheer, des pionniers de l’édition en ligne et à ce titre, vous vous rapprochez naturellement.

La suite ? Qu’est-ce que tu nous prépares ?

Bin, comme dit plus haut, la suite de c2c est en route, avec un titre bien accrocheur, assez marrant. J’ai du pain sur la planche en tout cas. J’ai peut-être aussi un projet avec mon journal carcéral que je publierais volontiers. Il est fini d’écrire, tu penses bien, même si on quitte toujours une prison pour une autre. J’affectionne la forme du journal parce que ce qu’on doit retenir du propos s’écrit en creux. Mais bon.

Parles-nous un peu musique et foot : je crois savoir que c’est tes deux autres passions avec l’écriture ?

Je te remercie de me poser cette question Marianne car pour moi la pratique du football passe avant la prose, la zique et même les femmes. Je suis maradonien bien avant d’être strausskhanien. J’ai commencé à jouer en compétition à neuf ans et, même si c’est pour bientôt, je ne me suis encore jamais arrêté. Au foot comme en poésie, on joue avec les pieds et on dit des grands joueurs qu’ils sont des artistes du ballon rond. Mon ex m’avait posé une condition, c’était elle ou le foot. J’ai assumé, je suis donc célibataire. Mon goût pour ce sport, qui touche au divin et rappelle à l’ordre lui-même des planètes, je n’ai pas peur de le dire, m’a sauvé la vie – en taule notamment. Si je dois choisir un archétype pour me définir, alors je suis le guerrier, au sens primitif du terme et le foot, c’est la guerre dans les règles de l’art aristocratique. Le sport, c’est aussi la vérité du terrain. Je dois tellement au football. J’ai en partie remboursé ma dette : je ne joue plus que sur une jambe. Ma souveraineté sur mon lit d’hôpital. Je ne peux même plus m’accroupir pour la photo, la mort rôde. Je ne récupérerai pas la caution quand je rendrai mon squelette à la maison mère.
Sinon, effectivement, mon premier métier, c’est musicien : balochard et auteur-branleur-compositeur-interprète. Mais ce n’est pas une passion. Je suis tombé dedans quand j’étais petit. Je suis toujours marié avec ma californienne, une StingRay 76 que j’ai rencontrée à Pigalle à la fin des années 80. A l’époque, j’ai bien gagné ma vie dans le métro. L’acoustique y est toujours remarquable. Le métro, c’est la cathédrale des mendiants et des voleurs. Le secret, c’est de toujours garder sur soi le sou fétiche, la pièce de cinq francs à mettre dans le chapeau ; le public pressé du métro parisien n’a rien contre personne mais a besoin qu’on lui indique clairement ce qu’il doit faire. (il fredonne un air). En fait, je ne chante pas, je chantonne. On peut dire que je suis également chantonneur.


   

lundi 20 juin 2011

« Inverno » d’Hélène Frappat (Actes Sud, collection « Un endroit où aller »)

(Critique d'un livre à paraître en août 2011)
 

Splendide petit livre (de 140 pages) qui évoque tout à la fois la douceur de la nostalgie, la tristesse de Rome quand on y est délaissée, une enfant souriant à une nouvelle élève dans une salle de classe, le mot « inverno » (hiver en italien), des rencontres furtives entre une femme et un homme dans des toilettes de train mais aussi les petits enfers domestiques dans lesquels on se laisse enfermé(e)s parfois et les drames conjugaux auxquels certains échappent et d’autres pas.
L’écriture d’Hélène Frappat est d’une grande douceur, à la  fois élégante et subtile – on pense à Modiano beaucoup et aussi à Michèle Lesbre – et pourtant tout commence par un meurtre (le temps d’une page, puis changement de sujet … en apparence seulement). Par ailleurs, je n’ai pas été étonnée d’apprendre que l’auteur a été critique aux « Cahiers du Cinéma » tant l’ombre de « La femme d’à côté » de Truffaut plane sur les premières pages. 

« Inverno » est un livre de femmes et les portraits masculins, dessinés en creux ─ le mari de Bérangère, son père, etc. ─  ne sont pas très flatteurs : des hommes violents, jaloux, fuyants, dominateurs. Deux femmes autrefois meilleures amies dans l’enfance se retrouvent vingt ans plus tard, devenues adultes : nous n’assisterons jamais à ces retrouvailles entre Emmanuelle et L. qui se sont données rendez-vous sur le quai d’une gare. Au lieu de cela, Hélène Frappat alterne des petits chapitres où l’on découvre à la fois la relation des deux amies faite d’amitié mais aussi de jalousie et d’incompréhension et ce qui s’est passé dans leur vie depuis…
On s’attache surtout à Bérangère, une jeune fille bien comme il faut issue d’un milieu bourgeois qui s’enfuit avec un homme de vingt ans son aîné. Le personnage de Bérangère, modianesque en diable, est au cœur du roman : c’est la mère d’Emmanuelle et on la découvre à travers les souvenirs d’enfance de L. faits de scènes gravées dans sa mémoire, comme cette vision d’une mère-enfant restant au foyer et qui court à la salle de bain se maquiller quand elle entend les pas dans l’escalier annonçant l’arrivée de son mari.

Pour en savoir plus sur Hélène Frappat, c’est ici.

Merci à Libfly et aux éditions Actes Sud pour l'envoi de ce très beau petit livre. 

dimanche 19 juin 2011

« Ce que j’appelle oubli » de Laurent Mauvignier (Minuit)


Un homme vole une bière dans un supermarché, les vigiles l’appréhendent et l’emmènent dans les réserves du magasin où les choses dégénèrent.  A cause de quoi exactement ? L’effet de groupe ? Le tee-shirt jaune et noir et le jogging qui ne plaisent pas aux vigiles ? Comment la haine s’emparent des hommes au point qu’ils frappent et frappent encore jusqu’à tuer pour une bière bon marché ? Quel est le prix d’une vie ? Une bière, deux bières, un pack, un chariot plein ?

A partir d’un fait divers tragique qui a eu lieu en décembre 2009 à Lyon, Mauvignier construit un court texte (60 pages), monologue sans point, lettre au frère (frère de la victime et au-delà frères humains), cri de douleur face à l’incompréhension de la brutalité du monde.

De même qu'avec « Des hommes », « Dans la foule » et « Apprendre à finir », j’ai lu « Ce que je j’appelle l’oubli » comme en apnée ou en hypnose, retenant mon souffle, l’émotion me nouant le ventre car la lecture d’un livre de Mauvignier est plus une expérience physique qu’intellectuelle. On ressent les coups reçus, la peur qui tétanise et souvent aussi la mort qui vient … sans qu’on n'ait rien compris encore de la vie.    

Extrait :
« ma mort n'est pas l'événement le plus triste de ma vie, ce qui est triste dans ma vie c'est ce monde avec des vigiles et des gens qui s'ignorent dans des vies mortes comme cette pâleur, cette mort tout le temps, tous les jours, que ça s'arrête enfin,je t'assure, ce n'est pas triste comme de perdre le goût du vin et de la bière, le goût d'embrasser, d'inventer des destins à des gens dans le métro et le goût de marcher des heures et des heures »


samedi 18 juin 2011

« Toxic » de Charles Burns (Cornélius)


Une nouvelle B.D. de Charles Burns, auteur du génial « Black hole » ce n’est pas rien ! On retrouve dans « Toxic » l’imagination débridée de Burns, son univers à la fois morbide et poétique, sa fascination pour l’adolescence et son goût pour les monstres et les marginaux. Influencé par « Tintin » et Burroughs, il signe ici une  très belle B.D. mystérieuse en diable qui donne très très envie de lire la suite intitulée « La ruche ». 

A lire sur le site de France Culture : la critique de "Toxic"

mardi 14 juin 2011

« Darling River. Les variations Dolorès » de Sara Stridsberg, traduit par Jean-Baptiste Coursaud (La Cosmopolite, Stock)




Sara Stridsberg s’est déjà imposée il y a quelques années avec son premier roman paru en France, le superbe « La faculté des rêves. Annexe à la théorie sexuelle » et il n’est donc pas nécessaire de la comparer à d’autres écrivains pour faire l’éloge de son écriture. Et pourtant… il y a un peu de « Maria avec et sans rien » de Joan Didion (en particulier dans les premières pages), et aussi quelque chose de l’univers étrange et féminin de Laura Kasischke (notamment « A suspicious river ») dans ce « Darling river ». D’autre part, la Laura de Sara Stridsberg, jeune femme disparue, ne peut que faire penser à la Laura Palmer de « Twin Peaks ». Mais son personnage principal, Lolita, vient bien sûr de Nabokov. Ou plutôt devrait-on dire ses Lolita. Car il y a Dolorès Haze - le personnage de Nabokov - dont elle imagine la triste fin mais aussi une jeune fille prénommée Dolorès en hommage au livre, qui se fait appeler Lo et a peur de finir comme celle du roman. Et puis il a y aussi « une mère » ou plutôt des mères qui errent un peu partout sur la planète mais en quête de quoi ?  Mystère. L’une de ces mères serait-elle celle de Lo ? Ou son père l’a-t-il tué ? Et s’il avait tué Laura aussi et d’autres prostituées qui disparaissent les nuits d’incendie ?    

Stridsberg, un peu comme Joyce Carol Oates, explore la question de l’identité féminine, mais aussi des marges et de l’envers de l’Amérique. Comme J.C.O., elle sombre souvent dans le glauque (notamment vers la fin du roman) et la fascination pour les personnages de femmes victimes de la société et des hommes. 

Un livre prenant, poétique et fort mais qui s’embourbe un peu dans une construction inutilement complexe. En effet, aux trois histoires présentées plus haut se juxtapose une quatrième qui ne m’a absolument pas intéressée et dont je n’ai pas compris le rapport avec le reste du livre : celle d’un chercheur français du Jardin des plantes faisant des expériences sur une guenon.

Une chose est sûre : Sara Stridsberg est un écrivain que j’ai envie de continuer à suivre.

Extrait :
« Elle circule comme ça dans les déserts des mois et des mois durant. Elle continue sa route sous le ciel. Elle roule en bikini quand la chaleur devient insupportable. Elle roule en bottes et en manteau léopard quand les nuits sont glacées. Elle roule avec un galurin d'homme rose. Elle roule avec une robe jaune des années cinquante. Elle roule avec une détermination inébranlable, comme si le voyage comportait une quelconque destination finale alors qu'elle se borne en réalité à des allées et venues sur cette unique autoroute esseulée. Partout des sauriens aux entrailles éventrées sous l'épiderme squameux. Partout des crotales, des oiseaux du désert, des chiens au crâne sanguinolent. »

jeudi 9 juin 2011

Le Hors-série de l’Ampoule : littérature et création

Voici le sommaire du premier hors-série de l’Ampoule téléchargeable gratuitement sur le site de l’Abat-Jour dès ce vendredi 10 juin :  

La littérature torride en Argentine  (Arthur Louis Cingualte)

Une brève histoire du Necronomicon (Constance Dzyan)

Bukowski à Willgottheim (Paul Sunderland)

Bardo or not Bardo d’Antoine Volodine (Christian Jannone)

Celsius : 233 (Richard Maurel)

Facebook, seniors et poésie (Salima Rhamna)

Bienvenue au purgatoire (Philippe Sarr)

Virginia, folle du désert (Marianne Desroziers)

Chassé croisé (Georgie de SaintMaur)

Regard sur deux strophes de Keats et Yeats (Serenera)

Une enquête à couper le souffle de François Cosmos

Retour sur les apports de Milan Kundera (Bastien Picadoreff)

Rencontre du troisième type au bar de l'hôtel Redford (Rip)

Pour un devenir monstre de l’édition en ligne (Clément Bulle)

Le site de l’Abat-Jour n’étant pas ouvert aux commentaires, c’est ici dans les commentaires de ce billet, que nous attendons vos remarques et avis (positifs ou négatifs) sur cette tentative de faire et penser la littérature autrement. Auteurs ayant participé à ce numéro et souhaitant défendre leur texte ou s’exprimer sur ceux des autres ou simples lecteurs, n’hésitez pas à prendre la parole. 

mercredi 8 juin 2011

« Lady L » de Romain Gary (Gallimard)

J’adore les vieilles anglaises ... surtout quand elles ont gardé la liberté de ton de leur 20 ans et ce sens de la provocation qui sied si bien aux personnes en apparence bien comme il faut. Car Lady L. est une vielle dame bien comme il faut c’est certain : aristocrate, bien mariée, heureuse mère d’enfants ayant tous bien réussi, elle coule des jours paisibles dans sa maison entourée d’animaux et de fleurs…

Sauf que, ainsi qu’on le découvre à la faveur d’une biographie qu’un de ses amis souhaite écrire sur elle, Lady L. n’est qu’un masque (et on sait à quel point Gary avait lui même ce goût des masques et des fausses identités). En réalité, Annette Boudin (puisque tel est son nom pour l’état civil) était une fille des rues, aux origines modestes et ayant grandi en opposition à son père anarchiste convaincu…jusqu’au jour où elle épouse elle-même la cause anarchiste quand l’idéologie  prend les traits du séduisant Armand, poète anarchiste.  
Avec "Lady L.", c' est un magnifique portrait de femme ─ une femme amoureuse ─ que nous offre Romain Gary en même temps que le portrait d’une époque où l’engagement politique n’était pas qu’un vain mot et ne se limitait pas à prendre une douche plutôt qu’un bain et à trier ses déchets dans des bacs de couleurs différentes !

C’est le quatrième livre que je lis de lui, après « Gros Câlin », « La vie devant soi » et « Au-delà de cette limite, votre ticket n’est plus valable » et je retrouve ce qui fait la force et le charme de Romain Gary : un mélange de mélancolie, de tendresse, d’humour, de cruauté parfois, le tout dans un style inimitable.

Extraits :
« C'était son premier contact avec l'Italie et, bien qu'elle en eût attendu beaucoup, rien ne l'avait préparé à cette bouleversante révélation. Elle tomba malade d'excitation et dut garder le lit pendant plusieurs jours, contemplant par la fenêtre ouverte la ville émeraude passer du rose de l'aube au jaune du couchant, jusqu'à ce que le docteur, ayant fort correctement diagnostiqué le mal dont elle souffrait, prescrivit tout bonnement de tirer les rideaux sur San Giorgio Maggiore, et quelques gouttes de valériane. »

« Mais elle s'efforçait de ne pas trop penser : elle savait déjà que le bonheur était fait d 'oubli. D'ailleurs, l'avenir, c'était bon pour les hommes. Elle avait découvert un trésor nouveau, très féminin, insoupçonné : le présent. »

« Je suis un peu anarchiste. A quatre-vingt ans, c'est assez gênant évidemment. Et romantique, par dessus le marché, ce qui n'arrange rien. »



mardi 7 juin 2011

Un dimanche au CAPC de Bordeaux



J'ai passé une partie de dimanche dernier au musée d'art contemporain de Bordeaux, le CAPC pour visiter en particulier l'expo "Dystopia". J'apprécie beaucoup l'ambiance de cet ancien entrepôt à la hauteur de plafond impressionnante qui lui donne un air de vieille église qui contraste agréablement avec la modernité et parfois la subversion des oeuvres des artistes exposés. 
"Dystopia", c'est une exposition très marquée par la Science Fiction, composée de vidéos (pas ce qu'il y a de mieux dans l'expo), de photos, d'installations, de dessins et de quelques peintures. On y voit un sol lunaire et un peu plus loin une voiture recouverte de neige ainsi que des photos  étranges et futuristes qui me donneraient des envies d'écrire des nouvelles dans cette veine. L'ambiance de fin du monde ou de monde parallèle est perceptible dès l'entrée grâce aux filtres rouges posés sur les fenêtres qui teinte le lieu de mystère : c'est une des très bonne idée de l'expo. 



Toujours au CAPC, une autre expo a lieu en ce moment, "Le château" 
Même si je n'ai pas tout compris à cette seconde expo, j'ai adoré certaines oeuvres comme les matelas en bois de Laurent Le Deunff par exemple ou "La tour de Babil" du collectif d'artistes bordelais Présence Panchounette :




Enfin sur la terrasse, on trouve encore de l'art avec ces totems en bois de Laurent Le Deunff:



 

Si vous passez par Bordeaux cet été, allez faire un tour au CAPC : le tarif d'entrée est modique (5 euros) mais je vous déconseille le restaurant qui est au deuxième étage du musée en terrasse car c'est hors de prix (y compris pour un malheureux buffet!) et bondé en plus... 
 

lundi 6 juin 2011

« Jours de chance « de Philippe Adam (Verticales)

C'est peu dire que ce n’était pas le jour de chance de Philippe Adam quand son livre est tombé sur moi pour la partenariat avec Libfly ! 
Je ne peux rien dire de positif de son prochain roman à paraître à la prochaine rentrée littéraire : je trouve le sujet (les gagnants du loto) absolument sans intérêt, la construction flemmarde et soporifique à la lecture (une simple juxtaposition de paragraphes à la première personne), le propos qui se résume à des clichés éculés et une morale très limitée (l'argent ne fait pas le bonheur ?), quant au style il est d’une platitude rarement égalée dans la littérature française contemporaine. Bref, je n’ai pas aimé, mais alors pas du tout. Que dire de plus ? Rien j’en ai peur. Le livre m’est tombé des mains et je préfère parler de ceux que j’aime…
On ne peut gagner le gros lot à chaque fois : si j’ai eu un énorme coup de cœur pour « Chroniques de le dernière révolution » d’Antoni Casas Ros reçu en partenariat avec Libfly il y a quelques jours, ce petit roman de Philippe Adam, auteur que je ne connaissais pas et sur lequel je n'avais aucun a priori (ni positif, ni négatif), m’a laissée de marbre.

Merci en tout cas à Libfly et aux éditions Verticales pour l’envoi du livre.