Romain Gary, huile sur toile de William Mathieu, 140 x 90 cm, 2012

jeudi 29 septembre 2011

« L’argot d’Eros » de Robert Giraud (La Table ronde, La petite vermillon)


Un dictionnaire des termes argotiques pour parler des plaisirs de la chair : voilà qui est amusant et pourrait occuper agréablement vos longues soirées d’hiver, si vous avez envie de sortir des lectures obligées et parfois ennuyeuses de la rentrée littéraire. 
On sourit souvent en lisant ce livre devant tant d’inventivité lexicale, on s’attarde aussi (et on a raison) sur les citations extraites de la littérature érotique qui servent à l’auteur à remettre les termes dans leur contexte (Henry Miller, Paul Verlaine, Théophile Gautier, etc.).
Je vous laisse deviner ce que peut être une chenille, un chandelier ou une feuille de rose (terme que j’avais déjà croisé chez Romain Gary) ou encore ce que signifie avaler le poisson sans sauce.      

Un joli petit livre à garder à portée de main (au cas où les mots viendraient à vous manquer).

A signaler : l’auteur de ce dictionnaire a reçu le Prix Rabelais pour un de ses livres et il a également écrit « L’argot des bistrots ».  

Merci à Babelio et La Table ronde pour cette lecture en partenariat.

lundi 26 septembre 2011

« De l’égarement à travers les livres » d’Eric Poindron (Le Castor Astral)


Il faut que cela se sache : Eric Poindron est fou … fou de littérature, bibliophile, bibliomane, voire carrément bibliopathe. 

Si vous êtes comme lui, si vous êtes comme moi, vous aimerez à n’en pas douter cette enquête littéraire dont certains passages sont dignes d’un livre d’Umberto Eco et qui est placée sous l’égide de Borgès. Car mieux vaut être un grand lecteur pour apprécier ce livre : si Lovecraft, Borel ou Nerval ne vous sont pas familiers, vous risquez de passer à côté de ce roman pourtant jubilatoire. Il y est question d’un étrange syndrome nommé bibliopathonomadie ce qui signifie « égarement à travers les livres » et d’une société secrète, le Cénacle troglodyte. Je ne vous en dit pas plus afin de ne pas déflorer le mystère. Un livre à lire en tout cas !

Extraits :
« Je ne suis pas un écrivain et je n’écris pas un roman. Je me moque des frontières littéraires et tords le cou à la fiction. La fiction, c’est cette histoire secrète de la littérature que nous devons dénicher. »

« Le chercheur est un homme de raison. Le détective littéraire est un homme de terrain et d’intuition. Il fouille les archives, certes mais il est là aussi pour rétablir la vérité. Appelons cela les coulisses du mystère. »  

Le blog de l’auteur à visiter ici.

Pastiches.net : un nouveau site pour lire des pastiches

Amoureux de la littérature et plus particulièrement des pastiches, ce nouveau site est fait pour vous : il s'appelle Pastiches. net, a été créé par Joachim Séné et Franck Garot, déjà à l'origine des 807, un blog en hommage à Eric Chevillard que je vous conseille d'aller visiter si vous aimez cet écrivain.

Sur Pastiches.net, vous pourrez lire, entre autres, des pastiches de Laurent Mauvignier, Céline ou Beckett et depuis aujourd'hui de Virginia Woolf avec mon pastiche intitulé "La couverture rouge". Bonne lecture et si vous vous sentez l'âme pasticheuse, n'hésitez pas à leur proposer vos textes !

dimanche 25 septembre 2011

« Evguénie Sokolov » de Serge Gainsbourg (Folio)



Non seulement Gainsbourg a écrit des chansons, réalisé des films, peint des tableaux mais il a aussi écrit un roman, « Evguénie Sokolov » publié en 1980 par Gallimard.


Il y raconte dans un style classique et érudit, voire précieux, le destin d’un peintre atteint d’un mal étrange et peu ragoûtant qu’il apprend à maîtriser pour les besoins de son art. Sous l’aspect humoristique et potache de ce portrait d’artiste déviant, se cache un livre subtil, un conte parabolique, un pamphlet contre l’arrivisme en art. Surtout, ce livre révèle de vraies qualités d’écrivain chez Gainsbourg, le plus littéraire des auteurs-compositeurs.
Nabokov n’est pas loin quand le narrateur évoque le souvenir de la jeune Abigaïl, 11 ans, sourde et muette, la seule à qui il ait dit des mots d’amours : il s’agit là des plus belles pages du livre selon moi.

Interview de Gainsbourg par Pivot ici 

vendredi 23 septembre 2011

« Isabelle à m’en disloquer » de Christophe Esnault (Les doigts dans la prose)



C’est l’histoire d’un amour. C’est l’histoire d’un livre qui raconte une histoire d’amour. C’est l’histoire d’une lectrice qui vit le début d’une histoire d’amour durant la lecture d’un livre.
C’est l’histoire d’une femme qui fait lire à l’homme qu’elle vient de rencontrer « Isabelle à m’en disloquer » : ce n’est pas un homme qui a peur alors il n’a pas peur. Il lit et il reconnaît. Il lit et il comprend. Il lit et il (l’)aime. C’est un livre qui fait partie de l’histoire de ce couple.
Un livre sur l’amour quand on ne l’attendait plus, sur l’amour qu’on ne croit pas mériter, sur le mélange d’incrédulité et de certitude dans lequel nous laissent certaines rencontres.

Pour lire des extraits et une présentation du livre et de l'auteur c'est ici



mercredi 21 septembre 2011

« 69 » de Marie-Agnès Michel (Editions Blanches)

Enfin un recueil de nouvelles érotiques un peu original, qui ose s’éloigner de sentiers battus et des clichés assez pauvres liés à ce type de littérature. 
Marie-Agnès Michel, auteur de neuf livres dont le dernier aux éditions F4 ainsi que de nouvelles publiées sous l’Abat-Jour, va chercher du côté du cinéma (David Lynch) et de la peinture (Balthus) son inspiration pour ses 10 courtes nouvelles érotiques où vous croiserez un nain lubrique, un clown, un éphèbe sur un cheval d’arçon, une patiente qui n’a pas peur de son dentiste mais aussi une fausse morte dans un cercueil et j'en passe. 


L’ensemble est plaisant et le style se tient, le seul reproche que je peux faire est la brièveté certainement voulue par l’auteur mais qui laisse le lecteur un peu sur sa faim : mais l’essentiel de ce type de littérature n’est-ce pas justement d’être mis en appétit ?

 Interview audio et biographie (rock and roll) de l’auteur ici

mardi 20 septembre 2011

« Poissons rouges » de Guillaume Siaudeau illustré par Magali Planès (-36° édition)


Amoureux des gros pavés, passez votre chemin : ce minuscule livre est plus à proprement parlé une plaquette mais qu’il est bon de trouver des trésors de poésie dans un si petit objet à l’allure si modeste. 
Dans ces quelques pages, Guillaume Siaudeau nous raconte l’histoire d’une femme partie sur les traces de son enfance qui l’emmènent vers une rivière où ses larmes abreuveront les poissons rouges. 
Un magnifique poème en prose superbement illustré par Magali Planès.


Offrez-vous ce délicieux moment pour seulement trois euros sur le site de l’éditeur ICI

« La nuit se bat sans nous » de Guillaume Siaudeau (Le Coudrier)



Guillaume Siaudeau, né en 1980 est poète, créateur de la revue de poésie « Charogne » aujourd’hui édité par les éditions Asphodèle et blogueur ici. 
Ce recueil de poèmes au très beau titre est constitué de textes parfois très courts, certains lorgnant vers l’aphorisme, d’autre vers l’haïku. Il est question de dimanche d’ennui, de morne lundi mais aussi du charme féminin et de l’enfance. Les photos de Samuel Picas, qui représentent des paysages urbains de nuit, ajoutent un peu de mystère aux mots et aux thèmes souvent simples développés par Guillaume Siaudeau. Un lecteur habitué à une littérature plus sophistiquée pourrait lui reprocher cette trop grande simplicité mais écrire simplement n’est pas donné à tout le monde et comment ne pas aimer un petit poème comme « Ne pas oublier » :

« Ne pas oublier

Je ne me rappellerai
Pas de tout c’est certain
Mais ton sourire mis à nu
Par l’audace du soleil
Est une des choses
Que je n’oublierai pas »

Un autre poème parmi mes préférés du recueil :

« Perdu en forêt

Sur la ligne d’arrivée d’un rêve
En nage dans les draps poisseux
La déformation des angles
Les ombres de la chambre
Font de grands arbres
L’impression de n’être plus
Qu’une petite fille nue
Perdue au milieu de la forêt"  

lundi 19 septembre 2011

« So long Luise » de Céline Minard (Denoël)




Au soir de sa vie, une femme écrivain, à la carrière couronnée de succès et de prix littéraires, fait le bilan de sa vie, s’adressant à Luise, sa compagne, sa « douce », dans un livre testament.

Céline Minard signe ici peut-être son meilleur roman à ce jour. Il y est question de littérature, d’arts, de création, et aussi d’une belle histoire d’amour qui dure depuis cinquante ans. La langue y est riche et féconde, truculente, presque rabelaisienne, ne cédant pas une once de terrain aux modes littéraires ou à l’air du temps. La sensualité est très présente dans l’écriture de Céline Minard qui ne s’embarrasse pas de superflu, d’effets de manches ou de fausse pudeur pour dire les choses du corps et le célébrer. 

Influencée par François Villon mais aussi par une certaine littérature britannique féminine, Minard se plaît à glisser des références à peine voilée à  des auteurs comme Virginia Woolf. La dimension fantastique est également une composante importante dans ce roman (où les pixies ne sont pas qu’un excellent groupe de rock – un de mes préférés – mais d’étranges créatures de la forêt), ce qui n’est guère étonnant si l’on se souvient que le premier roman de cette ancienne libraire se nommait « Le dernier monde » et lorgnait furieusement du côté de la S.F. ! Mais Minard se garde bien de faire du fantastique premier degré et l’humour irrigue tout le roman, ce qui n’est pas incompatible avec une verve poétique indéniable .

Bref, ruez-vous, toutes affaires cessantes, sur ce superbe roman, d’autre part je ne saurais que trop vous encourager à lire « Olimpia » l’ avant-dernier roman de Céline Minard que j’avais également adoré.

Extraits :

« Je maintiens, je dis, que pour écrire il faut avoir été ou s’être déshérité.»

« On ne sait pas généralement combien il est troublant de clore un livre. De fermer la porte d'une maison aimée dont on a refait la toiture tout l'été, dans laquelle on a vécu jour et nuit et que l'on quitte, soulagé et fourbu, séparé mais pas encore dépris. Ce sentiment complexe, cette fatigue repérée, délicieuse et triste comme le travail accompli, me servira bientôt. Alors, de l'avoir déjà vécu tant de fois, ce rendu, ce don à rebours des dernières feuilles habitées, l'exil me sera plus poignant et plus léger. »

mercredi 14 septembre 2011

Interview de François Cosmos

Interview déroutante du professeur François Cosmos, auteur pour l’Abat-Jour de plusieurs nouvelles dont le Quotient Esthétique, L’Invention du pistolet et Au Cygne noir, et d’une des contributions les plus réussies au premier hors-série de l’Ampoule, Pierre Ménard a existé.   

Précisons pour commencer, chère Marianne, que j’ai confié le soin de répondre à vos questions à mon biographe officiel, Guy Van Stratten, que j’estime mieux placé que moi pour le faire, car il est maintenant censé me connaître mieux que moi-même ; « Gnôthi seauton », répétait l’autre, ça ne lui a pas tellement réussi, aussi j’ai préféré me parer d’un fusible qui puisse boire la ciguë à ma place en cas de nécessité.
J’ai engagé ce garçon il y a une bonne douzaine d’années, au moment où il débutait une carrière tout sauf prometteuse dans le même Centre de Recherche Intensive que moi (Université de Munch). Il végétait quelque peu, ne sachant vers quoi orienter ses travaux après un doctorat consacré à « L’Art de l’aporie dans le seul film connu de Samuel Beckett : Film », aussi je n’ai pas eu besoin de beaucoup de virements bancaires, et point trop coûteux, pour le persuader que j’étais le bon cheval pour envisager une trajectoire glorieuse vers un poste de directeur de recherche ou de professeur de classe exceptionnelle, puis de P-DG de Pôle universitaire, en passant par une chronique dans le Monde des Livres ou à France Culture, voire une émission entière comme producteur, et une place d’expert débatteur sur les plateaux télés, face aux Ferry et Zemmour de l’époque, parmi lesquels on comptait déjà BHL. Je l’alimente régulièrement depuis avec des photos sur lesquelles on peut m’apercevoir, des coupures de presse, des courriels d’injures, des notes de restaurants, les vêtements dans lesquels je n’entre plus, des brouillons plus ou moins authentiques, mes boîtes de médicaments et de préservatifs périmés, etc. En effet, mon souci principal en le recrutant n’était pas tant de lui permettre d’édifier un monument à ma gloire, je m’en charge très bien tout seul, que de vérifier qu’un chercheur y consacrant l’entièreté de son temps de travail, pendant toute sa vie, ou toute la mienne, ne parvienne jamais à savoir et surtout à comprendre quoi que ce soit d’important ou de sensible à mon sujet. Il me fait parvenir de temps à autre un état d’avancement de ses recherches, et, sauf s’il m’en cache l’essentiel, ce que je ne crois pas car il ne me paraît pas assez intelligent pour imaginer le faire, j’en suis sans cesse rasséréné : on ne saura jamais qui je suis, ni ce que j’aurais vraiment été.
Je ne vous cache pas que j’ai corrigé par-ci par-là ses réponses, sur le plan du style et même de la simple syntaxe d’abord, mais également du fond, quand elles paraissaient trop manifestement fausses, ou au contraire quand elles n’étaient que trop vraies. Je suis même parfois intervenu directement (entre parenthèses) lorsqu’il n’y avait vraiment rien à sauver de ses élucubrations, ou pour quelques commentaires ― vous me connaissez déjà suffisamment pour savoir comme je peux devenir taquin quand on m’emmerde !

Doit-on vous appeler « professeur », cher Cosmos ? Si oui, dans quelle lignée ? Professeur Corbiniou (Desproges) ? Professeur Rolin ? Professeur Choron ?

Guy VAN STRATTEN : C’est effectivement le titre qui est inscrit sur les cartes de visite du dénommé François Cosmos, qu’il nous remet solennellement à chaque fois qu’il se produit un changement dans ses attributions, son affiliation, le logo d’une de ses tutelles ou d’un de ses sponsors. Toutefois, nous le soupçonnons de les fabriquer lui-même, car elles ne sont même pas massicotées et on y voit souvent clairement la marque des ciseaux, et leur déviation par rapport à la ligne maladroite qu’il a tracée, ou fait tracer, à la main, à la règle et au crayon, sur la feuille cartonnée d’origine. Et nous ne l’avons jamais rencontré dans aucun local de l’Éducation Nationale : il nous fixe toujours rendez-vous dans des campings, où il loge dans des caravanes ou des mobil-homes, ou alors, toujours le midi, dans des brasseries pour un déjeuner, au hasard de ses déplacements ou des nôtres. 
Il n’en reste pas moins qu’il a tout d’un professeur, fort l’allure, à part la blouse blanche dont il se déguise, nous pensons, quand il nous reçoit sur le terrain de ses « recherches », une fourmilière géante de plus de 150 km de long qui s’étend entre les Alpes et le Jura et dont il suit la progression depuis des années, de camping en camping. Il se présente comme un sociologue des fourmis, mais, précise-t-il, pas à la manière des sociobiologistes comme E. O. Wilson, qui ont imaginé y trouver des constantes contrôlant toutes les sociétés animales, société humaine comprise. Il prétend y chercher l’inverse, en creux, à savoir les spécificités humaines qui sont absentes de ces sociétés animales, et qui ont permis à nos ancêtres de se hausser au-dessus de leurs congénères. Il serait ainsi à l’origine d’une nouvelle science à laquelle il a lui-même donné un nom la différenciant de la précédente, la biosociologie. Toutefois, quand on tape « biosociologie + Cosmos » dans n’importe quel moteur de recherche, non seulement on ne le trouve nulle part, mais on tombe sur des documents dont on se demande s’il faut en devenir fasciné ou en rire avec angoisse.
Pour en venir à la seconde partie de votre question, l’écrivain Cosmos est comme l’accomplissement d’une forme de synthèse entre les trois lignées de « professeurs » que vous évoquez : Desproges pour la méchanceté anxieuse, Rolin pour l’absurde assez affable, Choron pour la bêtise et les marcels qui sont sa tenue d’intérieur préférée, été comme hiver, dans ses caravanes surchauffées, l’été, par effet de serre, l’hiver grâce à une batterie de radiateurs électriques fonctionnant au maximum sans la moindre considération pour le réchauffement de la planète ni pour les économies que l’État français se doit de réaliser sous peine d’aller se faire voir chez les Grecs ― car, comme fonctionnaire de cet État, nous n’avons aucun doute sur le fait qu’il se fasse rembourser ses factures, comme nos notes de restaurants, au titre de frais de missions, par son administration.     

Quel est votre « parcours littéraire » ?

GVS : L’élève COSMOS François a obtenu son baccalauréat série A, la série littéraire de l’époque, en 1972, au lycée François-Cavanna de Nogent-sur-Marne (Val-de-Marne), avec la mention « passable ». Il a ensuite mis trois bonnes années à décrocher, avec les plus grandes difficultés, un DUT de « Techniques littéraires appliquées à la mobilité et à la promotion sociales » à l’IUT de Créteil (Université Paris 12, rebaptisée depuis Université Paris-Est-Créteil-Val-de-Marne pour faire mieux tout en faisant moins bien). Il y a ensuite un blanc de plus d’une décennie dans sa biographie, dont nous ne sommes pas encore parvenu à éclaircir le côté obscur jusqu’ici. Notons que c’est l’époque où nombre d’écrivains d’aujourd’hui, parmi lesquels beaucoup de Rolin qui en gardent un ton nettement plus professoral que le Professeur Rolin que vous avez évoqué, ont plongé dans la clandestinité pendant plusieurs années : branche militaire non violente de la Gauche prolétarienne pour les deux frères, branche Jim and Love de la gauche germanopratine pour Dominique, etc.
Si l’on accepte l’idée que François Cosmos est bien professeur dans l’enseignement supérieur, il doit également avoir profité de ces années d’inactivité clandestine pour passer un autre diplôme par correspondance, écrivant ses devoirs depuis les cuvettes au sous-sol du Café de Flore ou des Deux Magots, ou une cabane en bois ou une mauvaise tente au cœur de la jungle bolivienne ou bengalie, car on n’accède plus depuis bien longtemps déjà à ces métiers avec un simple diplôme BAC+2 ou 3. Mais, comme nous l’avons dit précédemment, nous croyons peu à cette incroyable hypothèse d’un Cosmos véritable professeur des universités.
Pour la suite, tout ce qu’il a publié jusque-là dans la veine François Cosmos est assez correctement et sincèrement répertorié dans la colonne de droite de son blog http://francoiscosmos.over-blog.com/.   

Comment êtes-vous arrivé sous l’Abat-Jour ? 

GVS : C’est une question à laquelle il serait extrêmement difficile de répondre au sujet de n’importe lequel d’entre nous, à part Emmanuel Kant. Mais, comme le philosophe de Kőnigsberg, l’individu François Cosmos a des habitudes extrêmement réglées, jusqu’à la manie, voir l’absurde, et presque la folie douce-amère ― il en est d’ailleurs conscient, et dit souvent de lui-même sans aucun humour : « Je suis un control freak, comme Nathalie Dessay ». Ainsi, à chaque fois qu’il nous reçoit dans son home, en maillot de corps en toute saison comme nous l’avons déjà dit, il nous invite à nous asseoir dans l’un des deux fauteuils, toujours le même, se dirige vers le frigo dans lequel il prend deux bières sempiternellement tièdes, puis revient vers le fauteuil qui fait face à celui dans lequel nous nous tenons enfoncé, et là, il ne peut se produire que deux évènements : soit le coin de la carpette belge beige mitée qu’il devrait enjamber est relevé, et alors il le rabat du plat du pied ; soit il ne l’est pas et il le fait alors systématiquement, mais non intentionnellement, rebiquer en abordant la carpette, et alors, avant de s’asseoir à son tour, constatant le désastre, il revient sur ses pas pour le rabattre comme il faut. Enfin, l’air satisfait, il se laisse choir de toute sa masse en plein cœur du fauteuil en velours qui nous fait face, lui faisant émettre des fumerolles de poussière qui s’élèvent gaiement dans la lumière de l’abat-jour que nous n’avons jamais connu qu’allumé.
(FC : Je me demande parfois s’il est vraiment aussi con ou s’il joue seulement à le paraître. Je suis arrivé sous L’Abat-Jour en suivant le conseil de Pierre Jourde, qui disait du bien du travail d’édition humoristico-électronique de Franck Joannic sur son blog Confitures de culture, et au blog de Jourde en lisant une chronique de Pierre Assouline consacrée aux blogs d’écrivains dans le Monde des livres, la chronique d’Assouline étant à peu près tout ce qu'il reste d’intéressant à lire dans le MDL, à part les papiers de René de Ceccatty et, la plupart du temps, ceux de Roger-Pol Droit ― mais ce dernier s’est fait poisser dernièrement comme conférencier dans une croisière de luxe en compagnie de Luc Ferry.)

Vous êtes très éclectique dans vos nouvelles : peu de choses en commun entre le « Quotient Esthétique » et votre enquête étonnante pour le HS de l’Ampoule…à part peut-être le goût pour les notes en bas de pages et le para-texte. Est-ce une volonté de ne pas vous enfermer dans un style ? Des textes écrits à des dates différentes ?

GVS : Nous nous permettrons de ne pas être d’accord avec vous, en particulier pour les deux textes que vous citez en exemple, puisque ce sont, dans les deux cas, des détournements de « standards » de la littérature savante, article scientifique pur et dur pour le premier (Le Quotient Esthétique), essai historico-littéraire pour le second (Pierre Ménard a existé). Le modèle en est évidemment, comme l’indique le titre complet du Quotient Esthétique, Modeste Proposition d’introduction d’un indice permettant de quantifier de façon extensible la beauté féminine : le Quotient Esthétique (QE), la Modeste Proposition […] de Swift, détournement de la littérature économique de l’époque ― un brouillon de notre auteur, découvert par nous sous son lit parmi les mégots et les paquets de cigarettes, laisse penser qu’il préparerait, ou aurait songé à écrire, une véritable Modeste Proposition contemporaine, à partir de la célèbre déclaration de Laurence Parisot (Le Figaro, 30 août 2005) : « La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? »
Vous avez toutefois parfaitement raison de soupçonner des textes écrits à des dates différentes ― Cosmos n’est pas ambidextre, d’ailleurs – : Petibou est très probablement la première nouvelle qu’il aura achevée, et Le Quotient Esthétique et Pierre Ménard a existé sont les deux dernières qu’il ait écrites. On peut donc en profiter pour noter sa relative progression, l’expérience aidant, sur l’échelle inversée de la médiocrité littéraire.   

Vos textes sont tous marqués en revanche par une forte recherche romanesque et le souci de présenter vos histoires comme « authentiques » (témoignages, correspondance, pseudo-étude scientifique, investigations fictives, etc.), dans lesquelles le Professeur Cosmos joue souvent un rôle important. Comment définiriez-vous ce style ?

GVS : Une « forte recherche romanesque », vous trouvez, vraiment ? Des histoires présentées comme « authentiques » ? Un « style » ? (FC : Chère Marianne, même quand elles ne sont pas parfaitement pertinentes, sans vouloir être impertinentes, vos questions restent toujours paradoxalement fécondes et stimulantes. Ce GVS est d’une génération à qui l’on n’a pas appris la plus élémentaire politesse, et qui range la galanterie au rayon des agressions sexuelles.)
Nous ne dirions pas que Cosmos présente ses « histoires » comme authentiques, au contraire, dès le titre, les premiers mots, ou le premier rebondissement, le lecteur sait qu’il est dans le faux. Ces dispositifs ont vraisemblablement pour but, si ce n’est pour effet, de jeter le trouble sur les modèles littéraires qu’ils démarquent, de les dissoudre de l’intérieur. On pourrait comparer cette approche romanesque à la fameuse « distanciation brechtienne » au théâtre. C’est en tout cas l’exact contraire du mentir-vrai aragonesque, et, s’il faut absolument la définir, ce serait un jurer-faux, ou encore, en référence à l’un des aphorismes cosmotiques, posté le 7 août 2009 sur son blog, un prêcher-faux : « MA DEVISE : Prêcher le faux pour atteindre au Vrai ». 

Borges et vous : une longue histoire ?

GVS : Nous avons préféré lui poser la question directement, remonter dans le passé d’une personnalité telle que Cosmos relevant de la gageure et outrepassant les limites du travail du biographe, quand il est déjà souvent impossible de savoir ce qu’il a fabriqué la semaine dernière. Ci-après sa réponse, expurgée de ses hésitations, de ses éternelles répétitions et de son bégaiement :
François COSMOS : Borges aura été, pour ma génération, notre Harry Potter, comme le furent également Sherlock Holmes ou, pour d’autres générations, Dino Buzzati ou Philip K. Dick, c’est-à-dire, au-delà même du plaisir de la lecture et de l’ouverture à d’autres mondes possibles ou d’autres visions de notre monde en apparence si étroit et si banal, une marque de reconnaissance nous faisant nous sentir différents, et, il faut bien le dire, un peu supérieurs aux autres (parents, frères et sœurs, footeux, dragueurs précoces, etc.), tandis que nous ne faisions au contraire que satisfaire inconsciemment comme les autres moldus nos bas instincts grégaires.
Je ne l’avais pas, ou que peu, relu depuis mon adulescence, et je dois dire que quand j’ai été obligé de le faire en totalité sous l’aimable contrainte de Franck Joannic, j’en ai surtout aperçu les grosses ficelles, et l’apparente facilité avec laquelle il semblerait que l’on puisse réécrire ses nouvelles comme Pierre Ménard a réécrit le Quichotte.

Quelles autres influences littéraires revendiquez-vous ?

GVS : Elles ne sont pas très originales, et peuvent être facilement repérées, mais nous ne dirions pas qu’il les revendique, car le citoyen Cosmos ne revendique probablement plus rien depuis longtemps : Kafka et Gombrowicz (La Lance rompue), Swift et Perec (Le Quotient Esthétique), José Lezama Lima, le « Proust des Caraïbes », et notre Marcel national lui-même (pour la forme seulement : Le Premier Conte du hamac), Stendhal et Alphonse Allais (Au Cygne noir), Dick Laan et Swift encore (Petibou), Nabokov (Pierre Ménard a existé), Manuel Puig (Donostia), Nietzsche pour l’allure du blog, Jean-Marie Bigard pour le fond. Des textes inédits auxquels nous avons pu avoir accès sont presque entièrement démarqués de Melville Herman, Roth Philip, Kiš Danilo, ou de Borges quand lui-même indiquait faire du Lovecraft. Les « aphorismes », plutôt qu’une influence, semblent plutôt représenter quelques croisements, des coïncidences, car beaucoup préexistaient à la lecture par notre auteur de ces autres auteurs : Jan Zabrana, Philippe Muray, Lichtenberg ― toutefois François Cosmos a par ailleurs publié quelques recueils sous le pseudonyme de Georges-Christophe Montclair, la question reste donc ouverte, et nous nous faisons fort d’y répondre prochainement.
Nous dirions pourtant qu’il s’agit dans l’ensemble de mauvaises influences, les résultats étant loin d’atteindre même l’ombre portée de ces « modèles ». Certains éditeurs ou lecteurs de maisons d’édition, qu’ils acceptent ou pas ces textes, ne se sont d’ailleurs pas privés de pointer ces insuffisances pour les reprocher à notre auteur, opposant par exemple Borges à Gombrowicz (Lakis Proguidis pour La Lance rompue), Claude Simon à François Cosmos alors que le second n’avait jamais lu le premier (un imbécile anonyme, lecteur du Premier Conte du hamac pour L’Arsenal), ou Lautréamont à notre auteur (dans ce cas, évidemment… Une lectrice, semble-t-il, sensible et sensée, de L’Arsenal, pour Au Cygne noir).
Heureusement pour le moral de notre auteur, l’enthousiaste Franck Joannic voit des influences bénéfiques partout, bien que peut-être sous l’effet des graines germées de Bègles, lesquelles, en plus d’une action laxative, pourraient donc avoir parfois un effet hallucinogène : les Monty Python, Lovecraft et Borges pour Au Cygne noir, Desproges pour Le Quotient esthétique et Le Premier Conte du hamac, Garcia Marquez en guest star pour ce dernier texte ― « la maestria en moins » précise-t-il tout de même, ce qui rassure sur l’évolution favorable de son état de santé.

Je sais que vous vous qualifiez d’« écrivain du dimanche matin » dixit votre blog mais quelle place occupe l’écriture dans votre vie (le blog, les nouvelles, un roman ?) ?

GVS : Voilà enfin une question facile, étant donné que parmi les « aphorismes » encore inédits de notre client, nous avons déniché celui-ci dans un cahier couvrant la période allant de mai 2002 à octobre 2004, non encore titré : « On me demande souvent quelle place occupe l’écriture dans ma VIE. Je réponds généralement à côté, j’esquive, je me défausse, je joue mon joker. C’est pourtant clair : la place du E. Les vacances occupant la place du V, et l’ironie celle du I ». 

Habituée du blog de Chevillard, j’y vois une certaine parenté, notamment pour la partie aphorismes : je me trompe ? Lisez-vous son blog ? Ses livres ?

GVS : Vous nous ôtez les réponses de la bouche ! C’est nous-même, en effet, qui avons signalé le blog d’Éric Chevillard à notre auteur, à la suite de quoi il a déménagé ses petites affaires de chez Orange, comme un vulgaire cadre mis sur la touche à réfléchir à la meilleure façon de se suicider, vers l’hébergeur de Chevillard, qui est d’ailleurs le même que celui de L’Abat-Jour. Nous avons même assisté en direct à sa découverte des aphorismes du Che, dont il a lu quelques pages, avant d’éteindre abruptement notre ordinateur pour nous déclarer : « Il écrit à peu près la même chose que moi, en moins bien, et dans un registre plus limité, il ne m’arrive même pas à la cheville, alors pourquoi il a un « Blog Rank » de 70 alors que je stagne à 13 ? ». Il avait d’ailleurs eu le même type de réaction quand nous lui avions fait lire, dernièrement, les aphorismes de Régis Jauffret parus en 1998 dans le numéro 15 de L’Atelier du roman : « Pourquoi il est si célèbre, et pas moi ? Avec qui il faut coucher ? Avec Cécile Brossard ? Philippe Sollers ? Teresa Cremisi ? Les flics chez qui elle a envoyé Houellebecq pour qu’il puisse écrire La Carte et le Territoire ? ». Par ailleurs nous ne l’avons jamais aperçu à proximité d’un livre d’Éric Chevillard ― ni de Régis Jauffret non plus.  

J’ai repéré sur votre blog quelque sujets qui semblent vous intéresser et vous inspirer : les femmes, le cinéma (Terrence Malick, Kubrick, Bergman).

GVS : Les femmes. ― C’est en effet l’unes des rares composantes du monde réel qui ait le don de faire sortir notre homme de sa léthargie neurasthénique. Les chiens, les voitures, les enfants, les infirmes, le ciel, ses nuages et les oiseaux, les chevaux, les vitrines, les fleurs, la nourriture, tout l’indiffère sauf l’apparition dans son champ de vision d’un être humain féminin sorti de l’enfance et pas encore entré dans la vieillesse, et possédant au moins quelques attributs de l’idée qu’il doit se faire de la féminité triomphante. Ainsi, aussitôt que nous sommes installés à table, toujours en dehors de chez lui ou de chez nous, comme nous l’avons déjà signalé, après qu’il a soigneusement essuyé les verres, l’assiette et les couverts qu’on lui a attribués avec une serviette brodée à ses initiales qu’il a spécialement apportée à cet effet, son regard de lamantin morne se met à balayer les alentours, comme la lanterne folle et molle d’un phare laissé à l’abandon, à la recherche de morceaux de chairs féminines, et se rallume et se fige dès qu’il en a croisés.
Toutefois, à y réfléchir de plus près (FC : C’est ça, réfléchis un peu, ça ne peut pas te faire de mal ! Plus près de quoi, par contre, on ne saura jamais…), comme Nerval il paraît plus attiré par un « idéal féminin » que par les femmes en chair et sans os ― d’ailleurs nous ne l’avons jamais rencontré accompagné, même par une photo dans un cadre. (FC : Je supprime, je supprime les « d’ailleurs », mais il en reste toujours, c’est un tic chez lui.) Il y a quelques mois de cela par exemple, dans une brasserie de Brantôme, alors que la serveuse, certes à la limite d’être blette, nous montrait à peu près tout ce que nous pouvions espérer voir de son anatomie dans un lieu public autorisé aux moins de 12 ans accompagnés par un parent, il a passé le repas les yeux perdus dans une affiche style années 60 de Campari exhibant une brune Italienne aux épais cheveux de jais et au regard charbonneux couvant le feu, alanguie de telle manière que ses seins semblaient nous tendre les bras (FC : Qu’est-ce qu’il peut user comme poncifs !).
Le cinéma (FC : À Kubrick, Bergman et Malick, vous pourrez désormais ajouter Orson Welles, dont le F for Fake affleurait déjà dans Pierre Ménard a existé. Bises à Oja Kodar.) ― Le cinéma est effectivement le sujet sur lequel notre auteur a écrit le plus de pages depuis qu’il sait écrire, et la majeure partie en est restée à l’état de brouillon, et atteindrait, mise bout à bout, la longueur de pellicule tournée par Claude Lelouch depuis qu’il s’est acheté sa première caméra. Y faire le tri, l’étudier, représente un véritable travail de titan, aussi nous comptons bien en confier le soin à un quarteron de nos étudiants de Master dans les années futures.

L’humour est une autre facette de votre écriture. En quoi ne pas prendre la littérature au sérieux est important pour vous, et que pensez-vous de la littérature actuelle ?

GVS : Une interview n’est pas le bon médium pour épuiser ou même espérer résumer le sujet de l’humour cosmotique. Nous renverrons à notre Petit Traité de Cosmologie, à paraître le 21 février 2012, juste avant la Fin du Monde grégorien, aux Presses universitaires de Munch, dans lequel nous y consacrons deux chapitres de 201 et 210 pages, respectivement. Sur le sérieux qu’il apporte à ne pas prendre la littérature au sérieux, relire ce que nous en avons dit plus haut.
Que pense-t-il de la littérature actuelle ? Un excellent indicateur est le contenu de sa poubelle extérieure, qui en dégorge littéralement ― et ce n’est qu’assez récemment que nous avons pu comprendre pourquoi, le hasard ayant voulu que nous arrivassions chez lui au moment où passaient les éboueurs : l’un des deux grands gaillards qui se tenaient à l’arrière lui a alors fait un bras d’honneur à l’aide de son biceps tatoué d’une Carla Bruni enceinte, et le camion a passé son chemin en accélérant, tout en klaxonnant au milieu des éclats de rires de tout ce que le camping comptait à cet instant de badauds. Cette anecdote que nous n’avons pas glissée ici par hasard en dit long, mine de rien, sur les relations que notre client entretient avec ses semblables, ses voisins, l’Humanité tout entière, la Création et le Créateur s’il en est un ― en ce qui nous concerne, nous ne nous plaindrons pas, malgré les injures il nous paie bien.
Sur ce tas dégoulinant nous avons pu apercevoir ce qu’il restait du dernier Houellebecq, ainsi que, régulièrement, des livres, des articles, des tribunes, des critiques de cinéma, des DVD de films de ou mettant en scène François Bégaudeau. Peu après qu’il avait obtenu le Prix Nobel de littérature, nous y avons également retrouvé à peu près toute l’œuvre de Le Clézio, mais nous ne sommes pas parvenu à savoir si c’était le fait que celui-ci avait accepté le Nobel, ou parce que Cosmos s’était alors mis à le lire à sa manière systématique et un peu bête, qui avait provoqué chez lui ce grand vide-grenier.
Nous ne connaissons que cinq écrivains vivants dont notre Cosmos semble suivre les parutions depuis que nous le fréquentons. Nous les appelons dans notre Traité, dans le chapitre Cosmos ou le Chaos, ses cinq « anneaux olympiques », par ordre approximatif de préférence : Oê Kenzaburô le Japonais, Kundera l’Européen du Milieu passé à l’Ouest, Roth Philip l’Américain, Gűnther Grass l’Allemand qui ne voulait pas de l’Est, et J. M. Coetzee le Sud-Africain désormais installé en Australie.

Que pensez-vous de l’édition en ligne et plus généralement de l’écriture sur Internet ?

GVS : Nous répondrons à sa place, étant donné que notre auteur est à peu près ignare en matière d’édition, d’Internet, et d’économie de la connaissance numérique.
L’édition en ligne permet à n’importe qui de se proclamer éditeur et d’éditer n’importe quoi, et à n’importe qui d’autre de se proclamer auteur, d’écrire et de publier n’importe quoi, et éventuellement de se faire éditer par n’importe qui. C’est donc exactement la même chose que l’édition traditionnelle, qu’on songe à la Collection Harlequin ou aux Editions N° 1, à Marc Lévy ou à Max Gallo. Par contre, pour se faire plein de fric avec des conneries, ça paraît plus dur.

Quelle importance revêt le pseudonyme pour vous ? Pourquoi François Cosmos ? Quel est votre rapport à ce « goût des masques » qui caractérise nombre d’auteurs de l’Abat-Jour ?

GVS : Nous sommes désolé de devoir sans doute vous décevoir une fois de plus, mais François Cosmos n’est pas un pseudonyme, c’est son véritable patronyme, inscrit partout, des supports les plus douteux ― ses cartes de visites ― aux plus officiels, comme ses boîtes aux lettres ou son linge de maison brodé à ses initiales. Ses pseudonymes sont tous les autres noms sous lesquels il s’adresse à nous par courriel, par courrier et sur nos répondeurs téléphoniques (Antoine Gauthier, Rip, Arthur-Louis Cingualte, Tristane Banon, etc.). Si vous voulez, c’est le principe de la Lettre volée d’Edgar Poe, afficher son vrai nom au-dessus de la cheminée de façon à ce que personne n’y prête plus d’attention qu’à un vulgaire « Home Sweet Home ».
De plus, il n’hésite pas à qualifier ces pseudonymes d’hétéronymes (FC : Message personnel à Sally Ma Rhamna : Tu connais Mon nom est Pessoa, un ouesterne bacalhau dans les rues en pente de Lisbonne la blanche, avec la Gloria d’On achève bien les chevaux dans le rôle de Ma Dalton ou dans celui de la morue ?) ― toujours sans rire le moins du monde. Nous ne l’avons d’ailleurs jamais vu rire, mais seulement, une unique fois, entendu. Il était aux toilettes, et nous y avons pris sa suite aussitôt, pour tenter d’y dénicher ce qui pouvait bien avoir déclenché cette hilarité. Nous n’avons rien trouvé d’autre qu’un vieux numéro des Inrockuptibles, non pas à la place que les mauvaises langues pourraient souhaiter lui voir occuper, mais roulé serré dans un coin, et donc pas ouvert depuis des lustres.
Toutefois, si jamais cela peut vous intéresser, il nous a avoué un jour que son nom l’arrangeait, puisque, comme Italo Svevo avait choisi ce pseudonyme comme Italien et Souabe, il se retrouvait sans l’avoir voulu à la fois Français, et même vieux François, et esprit universel.  
Par ailleurs, nous pensons qu’y entre également la nécessité de devoir porter des masques, afin de ne pas être reconnu dans la rue par des jeunes encagoulés qui pourraient l’agresser en le traitant de « naze qui a écrit Petibou », de « bouffon qui crie à tout le Oueb qu’il pète au lit », ou « qui s’est pris un râteau par Patrizia Telleschi » (FC : Ce n’est plus un râteau, nous sommes maintenant « Amis » sur Fessebouc, et elle n’arrête plus de m’envoyer des photos de ses voyages et de ses nouveaux chats, à peu près deux (nouveaux chats) par semaine. C’est charmant, mais je préfèrerais d’autres genres de photos, avec un peu moins de surface de collant de scène ; les jambes sont parfaites, on n’a qu’une envie : savoir comment elles se terminent vers le haut.).

Quels sont vos projets ? Des surprises en réserve pour vos lecteurs ?
    
GVS : Parfois nous prenons notre objet d’étude (l’écrivain François Cosmos) en grippe, nous ne le supportons plus de nous contraindre à écrire ainsi au hasard sans la moindre méthode, à faire de la futurologie alors que nous sommes un historien rentré, et même manqué, mais nous sommes tenu par les traites du manoir Renaissance que notre épouse nous a obligé à acheter, sous peine de divorce. À notre connaissance, celui qui se qualifie d’écrivain Cosmos devrait voir paraître prochainement une de ses nouvelles variations autour de La Barbe bleue, et plus précisément de la question que n’importe quel enfant de cinq ans devrait se poser : Barbe Bleue assassine ses épouses successives parce qu’elles ont osé ouvrir la porte de la chambre interdite et y ont découvert les cadavres des précédentes ; mais la première, pourquoi il l’a tuée, Maman ? Il préparerait également une ambitieuse Anthologie d’anti-littérature française, qui ne serait même pas une réponse, « car il n’en mérite pas », assure-t-il, à l’Antimanuel de Littérature de l’autre François B-ego-d’eau. Un recueil de péans à la gloire d’Hugo Chavez, de Mahmoud Ahmadinejad, de Jacques Vergès, de Didier Super, de Jean-Marc Rouillan, etc., serait aussi sur le feu. De même qu’une série d’aphorismes intitulés Postérieurités et numérotés de 1 à 22. Plus un roman inspiré de l’Affaire Fillon. Un suicide ne serait pas non plus exclu.

jeudi 8 septembre 2011

"Monstres et merveilles" : hors-série de l'Ampoule, revue littéraire énervée

Ce samedi 10 septembre, vous pourrez découvrir ici le nouveau numéro hors-série de la revue l’Ampoule, n°1, intitulé « Monstres & Merveilles ».
Vous y retrouverez, entre autres,  les contributions suivantes :

─ des nouvelles : « Le monstrueux géant yougoslave dans la merveilleuse nuit sans fin » (Rip), « Le Dernier village » (Christian Jannone) et « Scorbut ! » (Arthur-Louis Cingualte), mais aussi le texte inspiré d’un nouveau venu sous l’Abat-Jour, Guillaume Siaudeau, avec « Le vieux chien aux poils roux, la petite fille et son père »  

─ des articles : « N'essayons pas d'entrer dans la tête du tueur » de Salima Rhamna, auteur d’un premier roman paru aux éditions de l’Abat-Jour, « Petit aperçu de l'imaginaire médiéval » (Constance Dzyan), des critiques de films underground par mes soins et l’article très littéraire d’un autre nouveau venu, Pierre-Axel Tourmente, avec son « Exchange of devouring » 

─ des textes en collaboration : « Les canevas hallucinés » (Paul Sunderland et Laurent Fantino), « Fils de P. »  (Arnaud Guéguen et Pierre-Axel Tourmente)

─ des rubriques venant mettre un peu de piment dans tout ça

─ et des illustrations originales de Shin et Laurent Fantino.
         
Toutes vos observations sur ce numéro (critiques, encouragements, cris d’émerveillement ou soupirs de consternation) sont les bienvenues ici-même, dans les commentaires de ce billet.
Et merci à tous les talentueux participants ! 


mercredi 7 septembre 2011

« Rue Darwin » de Boualem Sansal (Gallimard)



La rue Darwin, le quartier Belcourt, la ville d’Alger… 
Suite à la mort de sa mère, Yazid retourne sur les traces de  son enfance, dans le quartier où il a grandi. Il raconte son Algérie, celle des années 50, quand il vivait dans une rue cosmopolite auprès de sa grand-mère Djéda, et en face du bordel qu’elle détenait. Sansal dépeint avec maestria cette véritable matriarche au caractère bien trempée qui faisait régner une certaine terreur sur sa maisonnée. Les années ont passé, la guerre et l’islamisme ont tout bouleversé et les frères et sœurs de Yazid sont tous partis aux quatre coin du monde (Canada, U.S.A, France, Italie) se faire une nouvelle vie, tandis que lui est resté en Algérie. 
Un livre intéressant pour ce qu’il dit de l’histoire de l’Algérie (même s’il est parfois à deux doigts de verser dans le didactisme), pour ses beaux personnages et son écriture sensible. J’ai trouvé malgré tout qu’il y avait quelques longueurs et un certain pathos inutilement appuyé par endroit (notamment les pages sur les derniers jours de la mère et son enterrement).  
Quoi qu'il en soit c'est un bon livre, même si ce n'est pas le meilleur que j'ai lu en cette rentrée littéraire (le meilleur que j'ai lu pour l'instant étant largement "Chroniques de la dernière révolution" d'Antoni Casas Ros)
Merci à Nina de m’avoir prêté ce livre voyageur.

lundi 5 septembre 2011

Interview de N.A.G.

Interview de N.A.G., écrivain et musicien, auteur d’un premier roman « Des fauves » publié aux éditions Kirographaires et de plusieurs textes publiés sous l’Abat-Jour : « La présidente », « Revanche » 1, 2 et 3, « Mécanique de l’explosion » et plus récemment « Une Rétribution ».

Une explication de votre pseudo s’impose pour ceux qui ne vous connaîtraient pas encore : pourquoi N.A.G. ?

Ce sont tout simplement mes initiales. En anglais, le verbe « to nag » veut dire harceler, tourmenter, et le nom commun « nag » signifie cheval. Vieux cheval fatigué. Maintenant, N.A.G. est mon pseudo de lecteur-performer. J’en aime le son court et neutre, j’aime bien le voir écrit aussi. En revanche, il semble que mon premier roman « Des Fauves » sera signé Nicolas Albert G qui me paraît plus adapté à la littérature que je propose. Plus intello, en somme (sourire radieux). J’ai l’impression que quelqu’un qui achète un roman signé N.A.G. s’attendra à un truc nerveux, agressif. « Nicolas Albert G » laisse planer plus de mystère, vous ne trouvez pas ?

Un petit C.V. express pour vous présenter à ceux qui ne vous connaîtraient pas encore ?

Bien. J’ai passé ma petite enfance entre trois pays. Iran, Maroc et France. Et puis mes parents sont revenus en France, en Anjou pour être précis, où j’ai passé le reste de mon enfance et mon adolescence. J’ai fait quelques études d’anglais à Tours, quelques voyages aussi. J’habite toujours dans le Centre de la France. J’ai été marié, j’ai un enfant. À présent je consacre la plus grande partie de mon temps à la lecture et l’écriture et à tout ce qui peut s’y associer (rêvasser, s’angoisser, créer, douter, projeter, régresser, etc.).

Je trouve que le glauque vous va bien : toutes les nouvelles (surtout « Une Rétribution ») que j’ai pu lire de vous sont d’une noirceur peu commune, comment expliquez-vous cela ?

Eh bien, quand je décide de faire une nouvelle à partir d’une idée, je donne toujours plus de crédit aux idées sombres et obsessionnelles. J’ai l’impression qu’une idée sans cul, sans folie, sans une dimension sordide, n’intéressera personne. Je sais aussi que je serai vite à court d’inspiration si je ne m’embarque pas sur ce genre de territoires. Il m’arrive d’écrire des choses plus optimistes parfois. J’ai du mal dans ce cas à dépasser une page ou deux. Cela doit être dû à la merde entassée dans mon cerveau et à mes influences artistiques.
Mais c’est évidemment une question qui m’obsède. Dans le cas de mon roman, j’ai essayé d’alléger le propos en utilisant la distanciation, l’humour, l’ironie, le comique de situation parfois. C’est manifestement réussi si l’on s’en réfère à la lettre de refus écrite par une gentille dame de « Le Dilettante » au sujet de mon livre : « une atmosphère glauque au-delà du possible. Trop de complaisance dans le sordide… ». À l’instar de l’industrie musicale (avec le MP3 par exemple), l’industrie du livre tend à publier des choses sans « crêtes », sans joie ni douleur, une littérature du milieu qui m’emmerde un peu… Je pense que ceci répond aussi à votre question.

Dans « La Présidente », on décèle une dimension SF : avez-vous lu beaucoup de SF ? Êtes-vous influencé par ce genre ?

Ah non, pas du tout. Je ne connais rien du tout à la SF. Cette nouvelle est née d’un pari avec moi-même : écrire une nouvelle dénuée de toute dimension autobiographique. Du style et de l’imagination purs. Alors forcément, que cela ait pu rejoindre certains aspects de la SF, ce n’est pas étonnant. Mais le côté « anticipation » de m’intéresse pas tellement dans cette nouvelle. Je veux dire, le fait que la présidente soit filmée, etc., le message politique derrière tout cela, je m’en foutais, les idées venaient en écrivant. Ce qui m’intéressait, c’était l’enchaînement des phrases et le mal-être des personnages. J’ai eu un mal de chien à finir cette nouvelle. Je crois que quelqu’un qui s’intéresse à la politique pourrait faire un roman correct à partir de l’idée forte de cette nouvelle.

Le style est important dans vos nouvelles : est-ce les stylistes qui vous plaisent en littérature ? quels sont vos modèles ?

Je dirais que dans tout ce que j’ai pu écrire jusqu’ici, le travail sur le style a occupé 80% de mon temps. Ce que je raconte me préoccupe peu. Je pars d’une phrase qui sonne bien et j’écris ma petite musique, le temps que veut bien durer l’orgasme. J’écris comme on éjacule en effet, sans penser aux conséquences… D’ailleurs je suis toujours troublé de recevoir des commentaires portant sur le contenu de mes textes. Mes proches me disent : « C’est insupportable de lire ça quand on te connaît, on a l’impression de violer ton intimité… ».
Bref, il serait sans doute temps que je commence à réfléchir à tout ça. « La Présidente » est née de ce genre de considérations.
En tant que lecteur, je suis plus tolérant. J’accepte de me laisser embarquer par une histoire bien foutue, un truc qui me parle, même si le style me paraît neutre.
Il est vrai toutefois que ceux qui m’influencent le plus sont souvent rangés dans la catégorie « stylistes » : Djian, Jaenada, Hervé Guibert, Claude-Louis Combet chez les Français. Selby Jr, Dennis Cooper, Wojnarowicz, Bukowski, Welsh, Hemingway chez les Anglo-Saxons.

Quels sont vos auteurs de prédilection ? Dostoïevski peut-être ?

Dostoïevski m’a sauvé la vie. Il m’a accompagné à un moment délicat de ma vie. J’ai tout lu de lui en quelques mois. Ce fut une expérience magnifique, voir cet homme peaufiner sa version de l’existence phrase après phrase après phrase… La manière dont la vérité s’insinue dans le doute, chez Dostoïevski, est stupéfiante. Il écrivait comme il respirait.
Parmi mes auteurs de prédilection, outre ceux évoqués précédemment, je citerais Emily Brontë, Lou Reed ou Julien Gracq ― je les cite car le je les ai lus in extenso. Il y en a bien sûr beaucoup d’autres qui me plaisent.

Quel genre de littérature détestez-vous ?

Tout ce qui relève de la littérature confortable, sans risque ni surprise, la littérature du « clin d’œil au lecteur », la littérature molle, sans style particulier, qui consiste à dire au lecteur ce qu’il a envie d’entendre sans fautes d’orthographe et dans un français propre. Tout ce qui ne frappe pas fort, tout ce qui ne cherche pas le sublime ou l’infâme, bref, 95% de ce qui se publie dans ce délicieux pays.

Pourquoi avoir créé un blog ? La publication de textes sur votre blog remplace-t-elle la publication par une maison d’édition (en version papier ou numérique) ? 

L’auto-publication sur Internet est très excitante. Elle permet un retour critique régulier sur ses propres textes. On devient plus visible, grâce à l’association de son blog aux réseaux sociaux. J’ai crée ce blog pour promouvoir mon travail (écriture, musique), le partager avec d’autres et m’engueuler avec tous les écrivains connards qui traînassent sur la Toile. Après, la publication papier reste mon objectif principal. Quoi de plus merveilleux que de participer à la Grande Rentrée Littéraire par exemple, comme ce sera mon cas cette année ? Je frémis à l’idée d’avoir mon dogue argentin aux côtés des couvertures ivoire foncé de la NRF, des jaunes diarrhéiques de Grasset, etc. Non, sérieusement, je suis assez pragmatique, si j’écris quelque chose que je juge être un roman valable, je l’enverrai de nouveau aux éditeurs, sinon je publierai sur mon blog, je ferai des lectures dans des salles municipales, et voilà… 

À ce propos, parlez-nous un peu de votre parcours éditorial : j’ai lu que vous aviez publié de la poésie et des textes courts, notamment dans des revues…
  
C’est arrivé. J’ai publié dans les revues Dissonances, Dégaine Ta Rime, L’Angoisse N°7 (l’excellente revue de Koonstrukt), je publie aussi des choses sur FPDV , une plate-forme en ligne réunissant des artistes du visuel, du sonore et de l’écrit.
En 2008, j’ai publié un recueil avec Dan Leutenneger, pour sa petite maison indépendante Bouquinstinct. Il s’agit de poésie et de textes très courts.

Vous venez de publier « Des fauves » aux éditions Kirographaires : dites-nous en plus sur ce livre, quand l’avez-vous écrit ? dans quelles conditions ? quel en est le sujet ?
   
Le livre est en cours de publication pour être précis. La sortie semble être prévue pour septembre ou octobre. C’est un roman en deux parties. J’ai écrit la première en 2009, sur environ un mois, d’un trait. Cela raconte la fuite d’un type vers le Nord. Au cours de son trajet, il rencontre une jeune femme qu’il blesse et laisse sur le bord du chemin. La première partie raconte la vie croisée de ces deux personnages pendant un an. La deuxième partie fut beaucoup, beaucoup plus longue à prendre forme. Elle traite, au contraire, d’immobilité, de l’impossibilité de s’évader, au propre comme au figuré. Les deux personnages se retrouvent dans la même ville et une drôle de relation commence à se nouer entre eux. Bref, je suis arrivé à bout de cette partie en copiant-collant des nouvelles écrites indépendamment du roman, en faisant intervenir des personnages différents, avec de nouvelles voix, un vrai cauchemar au bout du compte. Somme toute, avec un peu de recul, je dirais que je ne suis pas mécontent du résultat final. Le lecteur suit deux itinéraires chaotiques qui parviennent, semble t-il, à toucher, deux intenses morceaux de vie qui se croisent et se décroisent. Comme une sorte de danse moderne, mais une danse disharmonieuse, une danse épileptique.

Vous avez un groupe, Horses eat sugar qui revendique des influences telles Joy Division ou Radiohead : quelle place tient-il dans votre vie créative ?

Ce groupe n’existe plus dans sa formation initiale. Frédéric Parquet (de l’excellent groupe Mechanism for people) et moi avons composé quelques chansons depuis la mort prématurée du groupe dont nous avons mis quelques démos en ligne, mais pour l’heure, le groupe n’existe plus officiellement (même s’il continue d‘occuper une place dans mon cerveau et celui de Fred, j’en suis sûr).

J’ai notamment remarqué une chanson intitulée « Richard Ford ». C’est un écrivain que j’aime beaucoup, en particulier pour sa trilogie composée d’ « Un week-end dans le Michigan », « Indépendance » et « L’état des lieux » : l’avez-vous lue ? Et pourquoi lui consacrer une chanson ?

J’aime bien les chansons sur les écrivains, ça fait classe vous ne trouvez pas ?
Cette chanson dit : « Je ne suis pas le genre de personne vicieuse qui regarde les choses se produire sous ses yeux sans tenter d’intervenir, car j’ai lu tout Richard Ford ». C’est évidemment un propos ironique. Grosso modo, cela parle d’un type qui met le feu à sa maison sous le regard goguenard de son épouse.
J’ai été impressionné aussi par la trilogie dont vous parlez. Bascombe est un personnage extraordinairement riche et développé, à la fois loser et winner. Je suis admiratif des écrivains comme Ford, capable de se pencher sur leur œuvre des années durant, modelant chaque détail, tournant et retournant chaque situation jusqu’à trouver le ton juste. Je n’ai pas la patience pour ça, pas pour le moment. Les personnages que je mets en scène m’ennuient trop vite, alors je les fais devenir fous et je m’en débarrasse. Je les massacre.

Pourriez-vous nous parler de l’articulation entre le travail d’écriture et celui de l’interprétation (je pense en particulier aux lectures-performances) ?

Ce travail est parti de vieilles bandes qui me restaient de Horses eat Sugar. J’ai commencé à réciter des textes dessus et j’ai bien aimé le résultat. Dans le même temps, j’ai croisé des lecteurs-performers comme Romain Mercier (feu Boris Crack), Christophe Siébert (Konnstrukt), Nada, etc. Ils m’ont permis de prendre conscience qu’une petite scène existait en France, et que cela était un moyen moins con que d’autres de promouvoir son écriture. J’ai également rencontré Quentin Mercier, vidéaste berlinois de talent, et nous travaillons actuellement à un spectacle de lecture-performance ensemble. Cela s’appelle « Redditions ». Il s’agit de huit textes lus sur fond musical original et accompagnés de projections vidéos. C’est extrêmement excitant de faire ça, cela permet de sortir de son appartement, de se mettre nu devant les gens, de se vider les tripes et de séduire les filles.
Comme je vous le disais, j’ai toujours privilégié une écriture « musicale » de toute façon. Très rythmée. J’écoute le bruit des touches sur le clavier quand j’écris, cela me donne la pulsion de l’histoire. Pas étonnant que j’aime mettre quelques histoires en musique de temps à autre.

Quels sont vos projets à moyen et long termes ?

Le 18 septembre, je jouerai mon spectacle « Redditions » dans le cadre des Portes Ouvertes de L’association EMMETROP (asso d’art alternatif de Bourges). Sont invités aussi Romain Mercier, Soupe Auchou, Christophe (Konnstrukt) Siébert, Nada. Après, j’aimerais bien que Kirographaires se réveille et que l’on passe à la phase de publication effective de mon livre. Je pourrai alors sillonner la France pour faire de petites lectures promotionnelles. Sinon, je continue d’écrire des nouvelles, alors l’idée d’en publier un recueil m’intéresse. Je pense disposer de suffisamment de matériau début 2012. Que dire d’autre ? J’ai commencé une douzaine de romans aussi ces derniers temps…