Attention : voici un livre hors norme, difficile à ranger dans une case, entre littérature oulipienne, essai sur l’art et tentative de valorisation du patrimoine régional. En effet, il s’agit d’un bel objet, un joli petit livre qui s’inscrit dans une collection nommée Ekphrasis créée par la maison d’édition Invenit basée dans le Nord de la France. Cette maison d’édition s’est fait connaître pour avoir réédité « Feu » de Barbusse, prix Goncourt 1916 illustré par le dessinateur lillois François Boucq.
Le principe de la collection Ekphrasis, créée en 2010 est simple et complexe à la fois : associer un peintre, un musée et un écrivain. La maison d’édition, très intéressée par les arts graphiques, a passé commande à un écrivain d’un texte libre sur une œuvre précise exposée dans un musée situé dans le Nord de la France. Cette collection compte déjà une dizaine de titres : Maurice Pons a ainsi écrit un livre sur Paul Klee, Michel Butor sur Dirk Bouts, Jean-Bernard Pouy sur Rémy Cogghe, etc.
C’est ici l’oulipien Jacques Jouet qui propose sa lecture très personnelle de « Trompe-l’œil aux pièces de monnaie sur le plateau d’un guéridon » de Louis-Léopold Boilly (1761-1845) exposé au Palais des beaux-arts à Lille.
Mais qui est ce Louis-Léopold Boilly ? J’avoue que j’ai d’abord pensé à un faux peintre, inventé de toute pièce par Jacques Jouet que l’on sait joueur (il participe régulièrement à l’émission de jeux littéraires « Les papous dans la tête » sur France Culture) mais non ce peintre existe bel et bien et nous ne sommes pas dans un roman loufoque d’Eric Chevillard… écrivain très recommandable au demeurant.
Louis-Léopold Boilly a été un portraitiste très célèbre et très productif à l’époque de la Révolution, avec cinq mille portraits et cinq cent scènes de genre. Passionné d’optique, il collectionnait les camera obscura et s’était spécialisé dans les trompe-l’œil.
Jacques Jouet, romancier, poète, oulipien depuis les années 1980, formé par George Perec s’amuse avec ce drôle de personnage et son attirance pour l’illusion, les faux-semblants :
« Sous la tranquillité du regard de Boilly
les lunettes de Boilly
sur certains de ses autoportraits (ou l’as des carreaux)
justement, les cartes
sous l’as de carreau, entre lui et MINOT
il y a quatre cartes troubles
quatre cartes qui sont très blanches
ce sont les autres as, on ne peut en douter
ce qui laisse entendre que les as sont cinq
si l’on compte le visible
dans ce jeu de dupes
qui ne cherche même pas à camoufler l’évidence »
A noter : la première rétrospective de ce peintre depuis les années 1930 a eu lieu entre novembre et février dernier à Lille.
Un petit livre intéressant et instructif, à l’esthétique élégante et raffinée – ce qui ne gâche rien - qui constitue une belle entrée en matière pour découvrir à la fois l’œuvre de Jacques Jouet et celle de Louis-Léopold Boilly.
Lecture en partenariat avec le site Libfly.
Texte déjà publié sur le site La Cause littéraire.











